Salammbô, Pierre Marodon 1925

Jeanne de Balzac dans le rôle de Salammbô
Jeanne de Balzac dans le rôle de Salammbô

Comment le grand film français Salammbô fut réalisé à Vienne

Paris, août 1925

Pour la seconde fois, le théâtre national de l’Opéra ouvrira, le 15 octobre prochain, ses portes toutes grandes à un grand film français. La représentation de Salammbô, réalisée par M. Marodon, éditée par M. Louis Aubert, marquera dans les annales de la cinématographie mondiale. Comme pour le Miracle des Loups, M. Roché a voulu qu’une partition originale accompagnât la belle féerie de la lumière; le célèbre compositeur M. Florent Schmitt a été chargé de ce travail.

C’est à Vienne que le film de Salammbô fut réalisé; M. Louis Aubert et M. Marodon choisirent la capitale autrichienne, parce qu’un vaste studio, admirablement agencé, était nécessaire pour la création de l’immense fresque. On a, pour une fois, égalé les Américains, si on ne les a pas surpassés. Qu’on juge! Pour la Fête Barbare, conforme à la description de Flaubert, plus de 2.000 figurants évoluèrent dans un mouvement prodigieux. Cette fête seule a coûté 150.000 francs, le prix que coûtait un grand film, il y a quelques années. Dans la fameuse bataille de Macar, Marodon a opposé des milliers d’hommes, dans un paysage d’une impressionnante grandeur. Voici son bulletin de victoire:

Vienne, 25 octobre — Suis arrivé à réunir et équiper plus de 3.000 figurants. Bataille, de l’avis unanime, très réussie. Malheureusement, près de cinquante artistes blessés par jeu intense. Obligé parfois refréner ardeur de tous.

Le matériel utilisé dans cette bataille était énorme: 3.500 équipements complets, 2.000 lances et javelots, 2.000 boucliers et pavois, des centaines d’engins et machines de guerre de toutes sortes, sans parler des fameuses trirèmes carthaginoises, que Marodon avait fait construire d’après la description de Flauvert.

Naturellement, les rudes journées de combat furent égayées par des aventures comiques qu’Henri Baudin (Spendius) se plaîy à conter. Ecoutons-le:

(…)

 

“Vous savez que le personnage de Spendius, Grec poltron et rusé, est peu habillé. Or, un soir, nous devions, toute une troupe d’esclaves et moi, sortir de l’Ergustal. Tout était prêt, mais la neige, qu’on avait pas commandée, tombait drue et tenace. Il fallait cependant sortir: on se décida, et toute la troupe, courageusement, sortit sous la neige, à deux heures du matin. Or, on était presque complètement nus. Il y avait de quoi attraper la mort. Quant à moi, j’en fus quitte pour une rhume de cerveau. Et on était en octobre. Mais, à Vienne, l’automne est parfois très rigoureux. Et, à Paris, pendant ce temps, il faisait très beau. C’est dans ces moments-là qu’on regrette son pays”, conclut Spendius avec mélancolie.

De son côte, la belle Jeanne de Balzac, qui sera une inoubliable Salammbô, nous dit: “Vous n’imaginez pas la joie que j’ai éprouvée à interpréter, sous la direction magistrale de Pierre Marodon, l’héroïne de Flaubert. Ce merveilleux rôle a encore bénéficié d’une réalisation incomparable. Les décors, les costumes, l’ampleur des masses, les éclairages, tout nous promet un film unique et aussi émouvant par le sujet que somptueux par l’exécution.

M. Pierre Marodon attend avec confiance la représentation du 15 octobre: “On dira ce qu’on voudra de mon film, mais je revendique hautement cette qualité: la conscience, le respect de l’œuvre du Maître. On a bien voulu me dire, et M. Aubert le premier de tous, que j’avais gagné la terrible partie. Alors, si je l’ai gagnée, je puis le dire, c’est avec la foi, avec la très ferme volonté de faire une œuvre sincère, scrupuleusement fidèle. Quelqu’un me parlait d’inspiration tout à l’heure, soit! J’ai senti, en effet, que j’étais inspiré par le livre de Flaubert. Je l’avais appris par cœur et, durant des semaines, je l’ai porté en moi, complétant ainsi peu à peu la vision intérieure que je devais, par la suite, traduire en images vivantes et mouvantes.

“Mes interprètes mériteront tous demain leur part du succès. Jeanne de Balzac, Henri Baudin, Victor Vina, James Liévin ont campé leur personnage avec une science plastique et mimique, avec aussi une volonté de bien faire qui me facilitèrent grandement ma tâche. Rolla Norman est un Mathô magnifique. Grâce à lui, dans les scènes de la fin, ce long calvaire de souffrance, semble passer un souffle sophocléen. Il y a là tout un déchaînement d’humanité lâche et cruelle contre la faiblesse d’un homme vaincu. J’avais dit à la foule des figurants: “Cet homme, on vous l’abandonne; il marche à la mort, et c’est vous qui le martyrisez. Déchirez-le de vos ongles, arrachez-lui les cheveux, ne lui laissez que les yeux pour pleurer!”

“Les figurants ont joué leur rôle avec une ardeur parfois excessive, qui obligea par trois ou quatre fois le brave Rolla à se fâcher. Et c’est le corps tout couvert de meurtrissures, d’égratignures sanglants, le visage effroyablement méconnaissable, qu’il parvint au bout de son calvaire, au trône de Salammbô, devant lequel, s’efforçant de sourire, il s’effondrait. Je ne parle de cette page, dont on a bien voulu reconnaître la puissance, que pour louer le talent de l’interprète et l’effort formidable de conscience artistique qu’il a fourni là. Avec de pareils collaborateurs, comment douterait-on de la victoire?”
(Ciné-Miroir)

Jacques Feyder tourne Gribiche

Una scene de Gribiche
Françoise Rosay et le petit Jean Forest dans Gribiche.

Dans une luxueuse salle de bains, aux murs d’argent, Gribiche €s’agite à grands pas. Il est de très mauvaise humeur; il reçoit mal les gens; il les reçoit d’autant plus mal qu’il y est encouragé… par la voix brève de Jacques Feyder, qui, accroupi sur le bord du set, lui lance des indications.

Mais, voici le “bout” fini, et chacun s’empresse pour préparer la scène suivante. La lourde chaleur du studio, par cette journée d’août, n’a vraiment pas l’air d’arrêter beaucoup le travail. La discipline est admirable. L’autorité de Feyder est vraiment celle d’un maître, d’un homme absolument sûr de lui. Je ne m’étonne plus que cette maîtrise se soit manifestée dès L’Atlantide, quand il me dit:

« Sans doute, croyez-vous, comme beaucoup de gens, que mon premier film est L’Atlantide. Mais j’en ai fait vingt-cinq avant. J’ai travaillé longtemps chez Gaumont, avant la guerre. J’ai d’abord été acteur, tenant des rôles de jeune premier dans une quinzaine de films, avec Burguet comme metteur en scène. Puis, j’ai travaillé avec Ravel; je suis devenu son assistant, et j’ai enfin abordé la mise en scène moi-même. Beaucoup s’imaginent qu’on s’improvise metteur en scène, mais ce n’est pas ça. ll y a un A B C du métier à apprendre, une routine de détails, une organisation très complexe, que cette longue période chez Gaumont m’a permis d’apprendre. D’ailleurs, tous les grands metteurs en scène actuels ont débuté chez lui: Perret, Poirier, L’Herbier ont tous commencé comme moi. Mais, comme à cette époque on ne signait pas les films, le public ignore généralement cela. C’est par une longue étude, une longue expérience, que l’on arrive à pouvoir exprimer par l’image l’idée qui est la pensée de l’auteur.

L’écriture est un moyen d’expression; le film en est un autre, tout différent. Evidemment, le plus simple pour nous serait de réaliser des scénarios originaux, écrits, pour l’écran, par des écrivains spécialisés. Mais personne n’écrit pour le cinéma. Alors, nous sommes forcés de prendre une œuvre quelconque, de l’adapter, d’en transposer l’idée d’un premier moyen d’expression, l’écriture, à un autre moyen d’expression, qui est l’imagine. Les actions, elles-mêmes qui se passent dans le roman, peuvent être totalement changées, et l’adaptateur être, cependant, plus près de la pensée de l’auteur que s’il les avait gardées telles qu’elles sont.

Tenez, en voici un exemple dans Crainquebille. La scène a été coupée au montage, mais elle a été tournée. Il y a dans le roman une simple petite phrase, dont le sens est celui-ci: si Crainquebille était lui-même juge, il serait aussi féroce que ceux qui l’ont condamné.

J’ai exprimé cette phrase par un rêve. Crainquebille rêve qu’il marche à l’assaut de l’Elysée avec les maraîchères. On l’acclame. Il renverse le gouvernement. Il devient Crainquebille 1er dictateur. Et il se voit en descendant l’avenue des Champs-Elysées. On l’applaudit. On crie: “Vive Crainquebille!” Et il est heureux, quand, tout à coup, un cri séditieux part dans la foule: “A bas le dictateur!” On arrête le délinquant. Crainquebille, descendu de voiture, se fait amener le malheureux. Il ressemble étonnamment à Crainquebille, le pauvre garçon, mais à l’ancien, au vieux Crainquebille qui n’est pas dictateur. Et le nouveau, celui qui est monarque, juge très sévèrement l’ancien, il le juge et le condamne: un mois de prison et cent francs d’amende. Exactement la peine de Crainquebille dans la réalité. Voilà une idée transformée en action.

Autre chose encore: devant le tribunal, j’ai voulu marquer l’importance du témoin à charge, de l’agent, alors que le témoin à décharge est à peine écouté par le jury. Aussi, le sergent de ville, à la barre, est-il énorme il va presque jusqu’au plafond; c’est un formidable géant, tandis que le témoin à décharge, tout petit, est à peine visible et n’a manifestement aucune influence.

Mais il y a encore autre chose. Le moyen d’expression, si différent, est aussi beaucoup plus lent. L’écriture cinématographique est à l’écriture ordinaire ce que celle-ci est à la sténographie. Elle est beaucoup plus longue. L’image est forcement un moyen d’expression qui prend du temps par sa nature même. Aussi est-il pratiquement impossible de transposer à l’écran, en un film de trois mille mètres, un roman ordinaire. Pour exprimer à l’écran la pensée contenue dans ce roman, il faudrait un film à trois ou quatre épisodes. Ou alors vous ne mettez rien; vous sautez les trois quarts des choses. La trame du roman y est peut-être jusqu’à un certain point, mais l’idée de l’auteur n’y est plus. Vous n’avez pas le temps de l’exprimer. L’ideal, pour un film ordinaire, c’est la nouvelle de cent cinquante pages. La quantité de pensée qu’elle contient peut être exprimée par trois mille mètres de film.

C’est ainsi que j’ai choisi Gribiche. La nouvelle de Frédéric Boutet a à peine cent pages. Le sujet, je crois, sera très “public”, car il me permet de montrer en même temps les milieux populaires de Paris pendant les fêtes du 14 Juillet, les bouillons, les bistrots, les bals de barrière, et aussi le milieu extrêmement élégant dans lequel évolue une Américaine milliardaire.

Vous connaissez l’histoire: cette Américaine veut faire la charité, mais elle ne veut pas d’une charité officielle, organisé et impersonnelle. Elle veut faire la charité elle-même. Aussi adopte-t-elle un petit pauvre, qui est Gribiche. Elle le fait élever dans son hôtel, come s’il était son fils. Elle le fait éduquer très sérieusement; il a un emploi du temps très serré où les leçons variées se succèdent sans interruption. Aussi le pauvre gosse est-il très malheureux. Habitué à la liberté, à l’indépendance, il ne peut s’habituer à cette grandeur, qui est vraiment pour lui une trop lourde charge… et il finit par s’évader. La mère adoptive commence par le traiter d’ingrat, de mauvaise nature; et puis, elle reconnaît qu’elle a eu tort, qu’elle s’est trompée. Et elle en vient à la charité impersonnelle, dont elle ne voulait pas tout d’abord.

Voilà l’histoire, courte, comme vous voyez, courte et simple. Mes interprètes sont Jean Forest, Cécile Guyon, Rolla Norman et Françoise Rosay. Je pense avoir fini bientôt et pouvoir commencer, le 15 septembre, Carmen. Je vais tirer le scénario uniquement de l’œuvre de Mérimée. Et j’ai le meilleur atout en mains, puisque mon interprète sera Raquel Meller. »

Et c’est tout. Le dernier mot à peine prononcé, Jacques Feyder est déjà derrière la camera. Et ne croyez pas surtout que j’ai pu recueillir tout ceci d’un seul jet. Trois phrases par-ci, trois phrases par-là. Entre un sunlight qu’on déplace et un bout qu’on recommence pour la quatrième fois, à cause d’un tout petit détail, Feyder, se passant la main sur le front, pour rassembler ses idées, me dit:

« Où en étions-nous? »

Mais voici la belle Françoise Rosay qui paraît, dans un fourreau de velours framboise, d’une ligne vraiment exquise. Ses cheveux sont saupoudrés d’argent, car elle joue le rôle de la riche Américaine, un peu grisonnante.

« Ne me trouvez-vous très yankee? » me dit-elle en passant avec un sourire.

Mais la scene déjà commence. Tout le monde est en pleine activité; les “une, deux, on tourne” retentissent, pendant que le petit Jean Forest, qui n’est pas en scène, boxe, dans un coin, avec un machiniste. Partout, c’est la gaieté, l’enthousiasme, la bonne volonté de tous, au-dessus desquels planent l’autorité, le grand talent de Feyder. Ma foi, ça vous donne presque envie de tourner!

A. B.

(Ciné-Miroir, 1er Septembre 1925)

Dossier Cabiria Primo Episodio

Questo è il primo post di un dossier sulla riedizione, distribuzione e sonorizzazione del film Cabiria dal 1925 al 1936. Posteriormente, le inedite e importanti informazioni emerse da questo dossier (52 lettere e 13 telegrammi), corredate da immagini e articoli sulla stampa, verranno pubblicate in un e-book per celebrare il centenario della prima visione del film: il 18 aprile 1914.

Lettera del 3 gennaio 1925
Lettera del 3 gennaio 1925

Torino, 3 Gennaio 1925. Sigg. Ing. Sciamengo & Pastrone:

Con riferimento a pregiato Vostro ordinativo 28/11/1924, passatoci per Vostro riverito conto dal Signor Dott. A. Rossi di Torino. Nostra fattura 11 dicembre 1924 (Lire 6.179,05) – Una copia senza titoli di Cabiria – Maciste.

Ci richiamiamo alla stessa, a Vostre mani da tempo, e vi saremo grati se, con cortese sollecitudine, vorrete disporre sia per il ritiro delle copie di Vostra spettanza, sempre qui a Vostra disposizione, sia per il loro regolamento.
(Lettera della Cinestampa)

Torino, 10 febbraio 1925
Torino, 10 febbraio 1925
Torino, 2 settembre 1925
Torino, 2 settembre 1925

Torino, 2 settembre 1925. Sigg. Sciamengo & Pastrone.

In risposta alla pregiata Vostra di ieri, dobbiamo significarvi che nulla più ci resta di materiali a Voi appartenenti.

La stessa latrice della Vostra lettera, Signora Margherita Arbrile, ha fatto un sopraluogo al Reparto Fotografico, ma nulla ha trovato.
(Lettera della Società Anonima Itala Film)

Bologna, 13 Febbraio 1926
Bologna, 13 Febbraio 1926

Signori Sciamengo & Pastrone.

Sarei disposto ad acquistare in esclusività per la zona Lombardia-Veneto-Terre Redente, una ristampa di Addio Giovinezza, e per la mia zona Emilia-Toscana, altre ristampe di films importanti, in riesclusività.
(Lettera Ditta Enrico Pegan)

Paris, 15 mars 1926
Paris, 15 mars 1926

Messieurs Sciamengo et Pastrone,

Je vous serai reconnaissant de bien vouloir me faire connaitre à quelles conditions vous pourriez m’adresser une copie sans titres de Cabiria sur Kodak ou à défaut sur Agfa, pour être exploitée an France.
(Lettera Ernest De Thoran)

Brunn, 18 IV 1926
Brunn, 18 IV 1926

Messieurs Sciamengo & Pastrone,

J’avais l’honneur de Vous demander, si je pourrai recevoir une copie neuf du film Maciste Alpino (sans titres) à prix de marché, sur matériel Agfa ou Kodak, et je me prend la liberté de demander, quelle somme sera enfin nécessaire et si je pourrais recevoir la copie contre remboursement par poste ou par ma banque ici a Brunn.
(Lettera Monopol – Ing. Karl Waldmann in Brunn)