Le public de Mary Pickford

Les Vedettes de Cinéma: Mary Pickford

Paris, Décembre 1926

Ce ne sont pas les jeunes gens, comme on pourrait le croire, qui forment le public fidèle de la “fiancée du monde”.

Les jeunes gens n’ont pas encore assez de moustache pour être sentimentaux et s’attendrir aux malheurs de Mary.

Mary est l’héroïne des petites filles, des petits garçons et des messieurs qui aiment les histoires anglaises.

Quand vous entrez dans une salle où l’on donne un film de Mme Douglas Fairbanks, c’est un peu comme si vous pénétriez dans une bibliothèque où il n’y aurait que des livres de la Bibliothèque rose et des lecteurs passionnés à cette lecture.

Mary Pickford c’est l’expression moderne des sentiments de Mme de Ségur. Elle fait rire avec des gamineries. Elle fait pleurer avec des enfantillages. Et la fiancée du Petit Monde mêle si bien bonheurs et malheurs que ses fervents de la quinzième année croient que la vie, ainsi présentée, est très supportable.

Le public de Mary Pickford a une âme de Noël. Il met, si l’on peut dire, chaque soir qu’il va voir son héroïne, ses sabots dans la cheminée. La nuit de la salle est toute étoilée de ses espoirs. Et le film qui se déroule lui apporte les plus charmants cadeaux: des sourires, des larmes, de belles aventures et l’apothéose finale, qui met une clarté joyeuse dans les yeux de Mary et dans les cent yeux qui la regardent…

Et les messieurs qui aiment les histoires anglaises? direz-vous. Que deviennent-ils dans cette salle? ils se délectent à tant de puérilités. Ils retrouvent leur dixième année. Ils s’attendrissent à de vieux souvenirs. Et ils songent que les amoureux qui finissent par épouser Mary, ont leur âge et qu’ils ont bien de la chance de rencontrer une aussi douce petite fille…

Ce n’est pas eux qui font du bruit. Ce n’est pas eux qui applaudissent. Ils rêvent…

Mais pourquoi les jeunes gens qui aiment Douglas ne viennent-ils pas voir Mary? Douglas, l’aventureux, est, pourtant, le mari de cette tendre fille éternelle…

Oui… mais c’est au cinéma. Et le monde du cinéma est le reflet de l’écran, sans doute.

René Bizet
(Ciné-Miroir, 15 Décembre 1926)

Viale del tramonto

Il cantante di Jazz film parlante al Vitaphone

Roma, novembre 1917. Siamo appena arrivati qui, dal Veneto, sospinti dall’onda portante di quella che il poeta E. A. Mario definirà, nella prossima stesura della sua canzone più celebre, « l’onta consumata a Caporetto ». Roma ci ha accolti con abbacchio, pane senza tessera e tutte le luci accese. Io frequento la quarta classe elementare in via degli incurabili, per tornare a casa, attraverso il Corso, da San Carlo a San Lorenzo in Lucina, dove il Cinema Corso ha aperto da poco la sua lussuosissima sala al pubblico.
L’arteria papale-umbertina del centro non ha perduto ancora il suo carattere di salotto buono della Capitale, l’omnibus a cavalli traballa da Piazza Venezia al Pincio, alle automobili si alternano botticelle e carrozze padronali, specie verso l’imbrunire, quando davanti ad Aragno e a Ronzi e Singer, gli ultimi “generoni”, i deputati, gli ufficiali addetti al Ministero e gli uomini di mondo assistono al passeggio sfogliando Il Giornale d’Italia. È a quell’ora che transito anch’io, occupandomi soprattutto delle vetrine e dei giornaletti appesi al chiosco sull’angolo di via San Silvestro. A un tratto (è quasi notte) la folla sui marciapiedi si fa attenta, i clienti d’Aragno s’alzano in piedi dietro ai tavoli su cui fumigano barbugliate e caffè-cuccuma: al trotto di due morelli, cocchiere e groom a casetta, passa un landau aperto, sui cuscini rosa, accanto a una vecchia gentildonna (il madro, in linguaggio dell’epoca) una fulgida visione, pelliccia d’ermellino, calottina coperta di fili d’uccello del paradiso, capelli biondi, labbro sdegnosetto sul pallore etereo delle gote. « La Borelli! Lyda Borelli! » mormora la folla, riverente ed ammirata, e solo quando il landau è scomparso oltre palazzo Chigi, civili e militari riprendono il loro posto ai tavoli di ghisa e marmo.
Massimo Alberini 

Le guerre mondiali hanno avuto una parte molto importante nella storia del cinema italiano. Fu durante la prima che si svilupparono i germi del divismo e degli altri mali che provocarono il crollo della nostra industria molto prima che terminasse il periodo del “muto”. Dobbiamo invece alla seconda guerra la fine precipitosa dei film “che parlano al vostro cuore”. In entrambi i casi la crisi fu fatale agli attori. Infatti alla ripresa dei lavori di dovette constatare la totale scomparsa di quelli che erano stati i beniamini del pubblico e la loro sostituzione con elementi assolutamente nuovi. Come maturò questo fenomeno e che conseguenze ebbe sulla vita delle vittime?

Ritorniamo al 1918, epoca d’oro per i “tragici del silenzio”. Una settantina di case di produzione allestiscono una media di 450 film immediatamente assorbiti dal mercato. Il divismo è alla portata di tutte le borse: basta seguire la ricetta-decalogo di Giuseppe Adani:

1) Crearsi dei precedenti fatali; possibilmente un suicidio sulla coscienza. 2) Fare un debito con le principali sartorie del regno e trovare l’avalante. 3) Amare un poeta indiano sconosciuto. (Non è necessario amare il poeta, bastano le sue opere). 4) Portare spesso sottobraccio Shakespeare in inglese o Tolstoi in russo. 5) Far spargere molte voci sul proprio conto e molti manifesti col proprio nome. 6) Fra tutte queste voci dar credito alla più grave e alla più stramba. 7) Interessarsi alla singolare vita intima degli insetti. 8) Soffrire d’insonnia e adorare la morfina. 9) Rinnegare i parenti poveri e procurarsi degli antenati di buona famiglia. 10) Parlare sempre d’arte senza capirne mai.

Con un vademecum di questo genere il numero delle “insuperabili artiste” aumenta paurosamente. Aziende bene avviate crollano e comincia la danza delle cambiali. Nessuno ha il tempo di occuparsi dell’industria americana che offre i suoi film sottocosto impegnandosi a pagare anche le spese di trasporto e di dogana. La crisi galoppa, ma qualche produttore cerca di mettersi al passo e, annunciando una “cinematografia d’eccezione”, promette: sottomarini, piroscafi, aeroplani, treni, castelli, giardini, salotti, montagne, ghiacciai, artiste bellissime e artisti magnifici, masse imponenti e situazioni drammaticissime, interesse continuo e crescente, comicità, sentimento, novità.

È la fine. Le divine sentono odore di bruciato: molte emigrano, altre si sposano divenendo, per lo più, contesse. Anche i divi vanno all’estero o passano alla regia. Li ritroviamo nei film importati dalla Francia, dalla Germania e dall’America. Intanto Pittaluga presenta al Supercinema il primo film sonoro e Luigi Pirandello esclama: « Orrore, orrore: hanno ucciso il silenzio ». Sarà poi lui a fornire il soggetto per il primo film parlato italiano. Ma gli spettatori cercano invano fra i protagonisti parlanti i nomi e i volti dei tragici del silenzio. Che cosa era successo?

Abbandonati gli sparati candidi, i vasetti di nerofumo e i serpenti di piume, ognuno di loro aveva dovuto seguire un destino.

(immagine e testo archivio in penombra, segue)

La Zone de la Mort – Film d’Art 1917

La Zone de la Mort Film d'Art 1917

Le château de Primor est devenu la propriété du riche parfumeur Toffer. Il s’est fait une solitude magnifique, que partagent avec lui sa pupille Giselle et la compagne de Giselle, une jeune institutrice de grand mérité et fort instruite: Eva Larc.
Un troisième hôte est arrivé, de qui Toffer ne souhaitait guère la venue: son jeune neveu l’astronome Pierre Jubal. Pierre aime Giselle et il est aimé d’elle.
C’est pour Toffer, éperdument et presque sénilement amoureux de sa pupille, le plus dangereux des rivaux.
Il n’est pas, d’ailleurs, le seul à souffrir de cet amour: Eva de son côté, aime Pierre en secret e sans espoir.
Mais, si la pauvre Eva ne peut que pleurer en silence, Toffer, lui, a le droit de chasser l’intrus. Il en use.
Pierre ne comprend rien la fureur de son oncle. Giselle comprend… trop… mais, obligée d’attendre à Primor sa majorité, elle n’ose avertir Pierre du danger qu’elle y court, et le laissera partir sans l’inquiéter.
Cependant Toffer, malfaisant par nature, s’est fait, de Sizine un implacable ennemi. Sizine est sorcier, ou passe du moins pour l’être. Il habite une caverne, il erre à travers le pays, cherchant des simples, guérissant parfois ceux qui se fient à lui. Les uns l’adorent, d’autres le détestant, on le menace souvent, mais nul n’a jamais pu le saisir.
En somme, il est une puissance occulte qui gêne la tyrannie de Toffer.
La Justice le cherche pour quelques menus délits. Toffer n’hésite pas à faire cause commune avec les gendarmes et attire chez lui Sizine dans un guet-apens. Sizine serait pris, sans l’énergique intervention de Pierre, qui, indigné, bouscule la valetaille de son oncle et libère le sorcier.
Pierre s’en ira donc, laissant, sans y penser, un allié dans la place et un allié reconnaissant.
Le temps passe. Toffer ne peut arriver à convaincre sa pupille, qui lui marque une aversion croissante et repousse avec horreur ses propositions de mariage. Sa majorité approche, elle le quittera, il le sait. De plus en plus affolé, il songe à réduire celle qu’il ne peut persuader. Sizine, dans la bagarre, a perdu un ouvrage manuscrit sur les propriétés des plantes, et Toffer a découvert dans cet ouvrage la formule d’une préparation qui provoque une folie temporaire.
La veille de sa majorité, Giselle absorbe, sans s’en douter, la drogue dans son café. Aussitôt, elle donne des signes manifestes d’une folie complète. En vain, Eva lui apporte les lettres de Pierre. Giselle ne peut les lire, encore moins y répondre. Pierre s’effraie de ce silence, si bien qu’Eva n’osant l’informer de l’état de Giselle prend le parti de répondre pour elle, et laisse enfin sous un nom d’emprunt, parler son propre cœur.
Mais un soir, Pierre revient. Il trouve Giselle, petite Ophélie semant des fleurs au fil de l’eau, incapable même de le reconnaître. Il rencontre aussi Eva qui, du même coup, avoue sa supercherie et son amour. Giselle est folle, Eva amoureuse; Pierre offre à Eva le mariage d’amitié, qu’elle accepte.
Pierre et Eva sont relativement heureux, mais une lettre de Sizine apprend à Pierre que Toffer se prépare à épouser Giselle. Pierre, aussitôt part pour Primor où Sizinne l’attend. Le pays est en fête. Toffer a fait largesse à l’occasionne ses fiançailles. Pierre et Sizine enlèvent tout simplement Giselle et, pour faciliter leur fuite, Sizine allume d’un seul coup, le feu d’artifice qui devait terminer la fête. Mais il se produit alors un phénomène extraordinaire: Le feu d’artifice devient un véritable déluge de flammes: le village, le château, tout s’abîme dans une catastrophe effroyable, d’une magnifique splendeur.
Le lendemain, Giselle est sauvée, Pierre aussi. Eva, qui les a rejoints, s’aperçoit avec épouvante que Giselle est revenue à la raison et que Pierre n’a pas cessé de l’aimer.
Cependant, une enquête est ouverte, et l’on cherche, parmi les ruines et les cadavres, les causes de la mystérieuse catastrophe. Un téléphone de campagne permet le commissaire de communiquer avec Pierre, mais ce fonctionnaire meurt au cours de son enquête, suffoqué par les vapeurs qui se dégagent des décombres.
Pierre part à son tour, laissant les deux femmes unies dans une même anxiété.
L’asphyxie le terrasse, lui aussi, mais il a découvert la vérité: la chute d’un bolide a causé la destruction de Primor. Et Pierre meurt recommandant à Eva son œuvre et sa chère Giselle.

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Mon cher Gance, j’ai vu La Zone de la Mort. Naturellement j’ai attendu qu’elle passe en public pour ajouter à mon plaisir celui d’entendre les réflexions populaires: ce sont de petites habitudes que j’ai. Et de vrai c’est dans la foule que je recueille les meilleures  impressions et les plus nets jugements. J’y ai appris dès longtemps è ne jamais vouloir faire œuvre de critique: je n’ai pas assez d’inconscience ni assez d’adresse pour affirmer les torts ou les manques d’un spectacle. Bornons-nous à noter notre contentement et notre ennui. Un metteur en scène n’aura jamais de meilleur juge que les « Oh! » et les « Ah! » du public.

J’espère bien, Gance, que l’humeur des foules vous intéresse plus sérieusement que nos littératures. Pour moi je prends beaucoup de plaisir à constater la sympathie que vous portent les spectateurs. Sympathie intelligente et utile qui renseigne si bien: à Mater Dolorosa, j’ai entendu les plus exactes vérités qu’on pouvait vous dire, de ces vérités si heureusement vraies qu’on ne pourrait pas leur reprocher leur sévérité ni déplorer leur enthousiasme spontané.

La Zone de la Mort a provoqué d’aussi naturelles impressions. Pas de sévérité. De l’étonnement, voilà tout, quand un excès de coupure dans votre bande schématisait par trop l’audacieuse légende de votre ville morte. Est-ce votre faute? Non. Mais ce doit être peine qu’on ait si rudement allégé un récit chargé er recherché, dont tant d’importants détails devaient assurer le relief. Il n’est pas grave en soi d’amputer une œuvre plutôt  qu’une autre. Dommage que cette « œuvre plutôt qu’une autre » soit justement La Zone de la Mort, car, nous, initiés, nous savons qu’un pareil film est un événement dans les annales du cinéma français. Le public est avide, inquiet, curieux, et insatisfait. Aux  premiers tableaux de La Zone de la Mort, je croyais bien qu’on allait le satisfaire, et soudain on a interrompu son plaisir en précipitant pêle mêle des tableaux hardis, voulus, trouvés, inégaux, presque tous inexpliqués. Et le charme qui enveloppait la salle pendant les vingt premières minutes s’est éparpillé et a failli se dissiper.

La valeur de l’auteur — je parle de sa valeur future ancore plus que son talent actuel — nous est connue, donc cette petite erreur du concessionnaire n’a pas autrement d’importance. N’oubliez pas cependant qu’on attend désormais vos œuvres nouvelles. Il y a chaque fois un splendide accueil prêt pour elles. Qu’n les livre tout entières aux vœux de vos amis! Après La Zone de la Mort, un de ces amis anonymes qui vous suivent si bien me disait avec une moue: « Décidément, ce Gance voit trop grand ». Il était, comme plus d’une, trompé par un découpage déréglé et voilà un homme qui a mis La Zone au même plan que Les Brouillards de Mort, un des essais artistiques où s’avouait déjà toute votre nature: vous rappelez-vous ce film, avec une première partie vivante et simple et una seconde partie essoufflé, pompeuse, naïve, parce que les moyens d’avaient pas égalé l’intention.

Vous n’en êtes plus là, Gance. Vous avez pu travailler depuis, dans la confiance et le confort. Et si jamais vous entendez dire que vous voyez trop grand je pense que vous rirez tranquillement. On ne voit jamais trop grand.. Je vous assure que vous ferez de fortes choses: de la vérité de détail au service de la vérité d’idées. Après tout, qu’est-ce que je vous dis? vous le savez mieux que moi.

Le public si maladroitement invoqué par certains de vos confrères en mal de caducité, est avec ceux qui ont quelque chose à dire. Avoir quelque chose à dire, quelle folie! Quel phénomène! Mais quelle joie! Ince et C. B. de Mille ont fait de grands heureux. Et vous voici, Gance, avec la joie que vous donnerez à nos jeux, — au delà de nos yeux.

Cela éclatait partout pendant ces premières scènes — intactes, je pense, celles-là — de votre Zone de la Mort. Vous nous avez guidés parmi les jardins tellement vivants qu’on les traitait de jardins de rêve. Belle fête, je vous le dis. Les terrasses étaient tièdes, l’ombre fraîche, les feuilles animées comme dans les paysages latins de volupté aiguë jusqu’à la détresse. Ce coin de pénombre diurne où se profile un enfant de bronze, amour ou angelot, cette allée ou le soleil rampe par dessus les buis vernissés qui bordent les plates-bandes; et je n’en parle pas, pour n’en pas lourdement parler, du chemin qui monte au clair de la lune dans cette fluidité de lumière méditerranéenne, que les brumes vagues du soir font ancore plus douce. Nous avons eu là un moment de poésie admirable, et trop court. Ce n’était plus une de ces belles photos exotiques qui nous infligent les affres de la nostalgie. C’est un paysage véritable et saisissant ou nous avons erré. Merci, Gance. Ne cessez jamais de voir « trop grand ».

Luis Delluc
(Le Film, 22 Octobre 1917)