Nazimova intime

Paris, Mai 1923

Nous demandions à la grande artiste qui va bientôt nous revenir avec « Maison de Poupée », version cinégraphique de la célèbre pièce d’Henrik Ibsen, quelle était sa recette de beauté et de bonheur. Voici ce qu’elle nous répondit:

« C’est le privilège de toute femme d’être belle, nous dit-on. Je prétends que c’est le devoir de toute femme! Mais ce devoir ne se résume pas au miroir, car la beauté est bien au-delà de l’épiderme…

« Vous vous rappelez la citation d’Addison: « Il doit plaire à Dieu lui-même de voir que ses créatures s’embellissent éternellement à ses yeux.» Mais qui nous dit qu’Addison ne voulait point parler de la beauté intellectuelle, ou de la beauté morale, ou de la beauté utilitaire?

« Que peut-on faire pour être belle? Pour notre beauté physique nous devons avec diligence observer l’abnégation dans notre vie quotidienne. Il faut se nourrir avec soin et intelligence et prendre de l’exercice régulier bien approprié. Pour la beauté intellectuelle et morale, il faut lire de bons et beaux livres et se mêler aux penseurs et aux travailleurs. Pour la beauté de notre âme, nous devons entendre de la bonne musique, vivre dans la compagnie des animaux et des oiseaux, aimer et respecter les petits enfants.

« En ce qui me concerne, je trouve mon plus grand bonheur — et quelle beauté vaudrait elle plus que le bonheur — en demeurant constamment active par l’esprit et le corps. Je me lève à sept heures et travaille jusqu’à sept heures et, si je n’ai pas à travailler la nuit, je me retire à neuf heures. Je m’efforce de remplir chaque jour ma pleine tâche, de lire beaucoup et bien, d’écrire un peu, de faire une heure ou deux de musique, des exercices en plein air —sans oublier un peu de temps pour les enfants et les bêtes favorites. »

Nazimova est arrivée aux Etats-Unis en 1904 avec une troupe russe, dont le principal acteur était Paul Orlener; elle joua d’abord dans un théâtre Yiddish de New-York.

Dés cette époque, comme le remarque spirituellement Herbert Howe, elle était spécialisée — même dans son propre pays — pour jouer les rôles d’étrangers. Aussi effective d’ailleurs dans la comédie que dans la tragédie.

Le Tout New-York alla curieusement voir, dans son faubourg, la brillante étrangère. Six mois après cette découverte, elle avait appris l’anglais — en prenant soin de conserver un léger accent — et abordait directement le public américain.

On dit qu’à cette époque Orlener et elle s’aimaient, mais que, prévoyant le brillant avenir qui attendait la jeune femme, il se sacrifia. Peut-être l’histoire a-t-elle été arrangée après coup…

Plus tard elle rencontra un acteur anglais, beau et imposant, qui fut son partenaire dans Trois Semaines. Elle l’avait déjà remarqué. Subjuguée par sa haute taille, son aspect dominateur, elle bondit sur une chaise et lui tendit la main.

Et ainsi Alla Nazimova devint Mrs. Charles Bryant.

Le premier grand succès de Nazimova fut Hedda Gabler. Celui qu’elle obtint dans le personnage principal de Bella Dona (d’après le roman de Hichens), souleva quelque scandale.

Nazimova vit pour son art, nous assure Herbert Howe. Arrêtez son activité et elle mourra d’ennui faute d’autre intérêt. Son attitude défiante, parfois ironique, cache mal sa sensibilité. Elle est extrêmement susceptible en matière artistique: les critiques hostiles la touchent vivement, sans qu’elle veuille le laisser voir. Elle ne craint pas les responsabilités; la seule déclaration qu’elle n’est pas capable de réussir tel ou tel essai suffit pour qu’elle l’entreprenne. En dehors du théâtre, pourtant, aucune obstination. En affaires, aucune capacité; elle n’a pas mis d’argent de côté jusqu’à son mariage.

Nazimova habite, à Hollywood, sur la route qui mène aux collines de Beverley, une grande maison carrée, imposante, dont les murs sont teints couleur crème et qu’entoure un délicieux jardin, plus clos et plus intense que ne le sont d’ordinaire ceux de Hollywood.

Le salon est éclairé, le soir, par la lumière ambrée de lampes, voilées de gazes mauves et noires; de grands divans pourpres, des laques, miroir voilé d’une dentelle d’or lui donnent une personnalité étrange.

La poignée de main de Nazimova est franche, directe — masculine.

Elle est toujours en mouvement. Quand elle est obligée de s’asseoir, ses pieds et ses mains ne cessent de bouger.

Sa recette pour conserver sa taille: Premier déjeuner, de l’eau chaude, avec un soupçon de citron.

Déjeuner, un œuf cuit trois minutes, une rôtie, une tasse de thé sans sucre.

Dîner, un peu de viande.

L’enfant chéri de Nazimova est Salomé. C’est l’œuvre qu’elle a réalisée selon ses idées, avec son propre argent.

« Ce qui rend malheureux les créateurs de l’écran, dit-elle, c’est l’impossibilité matérielle où ils peuvent se trouver d’exprimer ce qu’ils sentent. Un peintre peut réaliser son idéal en mourant de faim dans un grenier: il suffit qu’il ait des couleurs, des pinceaux, une toile. Que peut réaliser un artiste de cinéma, s’il n’a pas une fortune pour tourner un film?

« Aussi j’ai économisé l’argent que j’avais gagné en travaillant pour les autres. Une fois libre, j’ai rapporté cet argent à l’écran qui me les avait fait gagner. »

Ce qu’elle pense du Cinéma

A l’un de nos confrères qui lui demandait, ily a quelques temps ce qu’elle pensait du cinéma, Nazimova répondit:

« J’aime le cinéma. Encore que pour être digne de l’engouement du public il doive être fait de sincérité, comme d’ailleurs tous les autres arts.

« Voyez, je puis exprimer la tristesse, dit-elle en donnant un rictus à son visage; ou la colère — nouvelle grimace. Mais si je n’éprouve pas réellement de semblables sentiments au plus profond de mon être, je ne puis être qu’une quelconque cabotine.

« On doit vivre son personnage si l’on veut que le spectateur prenne intérêt à ce qui lui arrive au cours de l’intrigue. Bien des gens me disent: « Mais, comment pouvez-vous vivre un rôle au cinéma, alors que tant d’interruptions se produisent à chaque instant, que cela vienne des lumières artificielles, de l’appareil de prise de vues, de l’erreur d’un partenaire, d’une sortie intempestive au dehors du « champ »?

Mais, à bien réfléchir, on retrouve d’autres sources de gêne, différentes, mais aussi ennuyeuses, dans les autres domaines, à la scène surtout. Comme dans les autres arts, la sincérité, au cinéma, doit tout primer, je le répète. Je suis sincère devant l’appareil de prise de vues comme je l’ai été devant le trou du souffleur, et j’aime le cinéma tout comme le théâtre.

« En outre, je reconnais avec plaisir qu’au cinéma on peut parfaire tout à loisir son interprétation d’un personnage, tandis qu’à la scène, il n’y a plus revenir sur un jeu de scène, sur une tirade, une fois qu’on les a livrés au publie. Pour ma part, je n’hésite jamais à recommencer toute scène que je sens pouvoir parfaire si peu que ce soit. Evidemment cela entraîne à une consommation de pellicule qui peut paraître excessive, à première vue. Mais au total cela fait tant pour le renom de l’artiste qui se montre si difficile envers son propre travail que la compagnie à laquelle j’appartiens, entre autres ne m’a jamais reproché l’amas de pellicule que je laisse forcément de côté.

« Enfin, déclare Alla Nazimova, s’il est un défaut qu’on puisse reprocher au cinéma, du moins au cinéma actuel, c’est la fausseté, la convention des scénarios. Et, malheureusement, on ne peut réellement vivre son personnage que s’il agit conformément à la vie vraie, que s’il est constamment logique avec lui-même, logique avec la généralité des cas analogues connus. En tout cas, en ce qui me concerne personnellement, je m’estime très heureuse de la qualité des scénarios qu’il m’a été donné, depuis mes débuts à l’écran, de tourner. »

Comment elle tourne

« Rien n’est plus intéressant, racontait, il y a quelque temps Mme Howells, dans La Cinématographie Française, que d’assister à une scène de prise de vue avec Nazimova. Elle entre dans la peau de son personnage avec une conscience, un oubli des contingences extérieures vraiment extraordinaires. Oubliant tout ce qui l’entoure, elle est de toute son âme, de toute sa force à son rôle; aucune gêne, aucun préjugé mesquin, elle vit pendant un moment la vie du personnage qu’elle a décidé de représenter.

« J’ai eu le privilège de lui voir tourner quelques scènes de Hors la Brume et jamais je ne fus impressionnée aussi vivement.

« Nazimova, en fille de gardien du phare, vêtue de haillons et pieds nus, vaque aux soins du ménage; les pirates pénètrent dans la tour qui porte le phare, enferment le père et emportent l’enfant.

La lutte entre la frêle artiste et le rude marin est épique.

« Bien que le cinéma soit muet, Nazimova poussait des cris d’une violence à faire frissonner. Sa voix angoissante pouvait s’entendre à un un mille de là et les assistants sentaient leur sang se glacer. Elle se dégage, le marin la ressaisit de ses grosses mains velues. L’artiste se débat de plus belle; elle mord, elle griffe, elle frappe de toute la force de ses poings et de ses pieds, tant et si bien que le colosse est obligé de lâcher prise.

« L’appareil cesse de tourner; Nazimova demeure sans forces. Puis elle demande au marin: Vous ai-je fait mal? Je crois bien avoir frappé un peu fort…

« L’homme sourit tout en faisant la grimace et montre sur ses rudes bras les traces rouges laissées par les dents de l’artiste, et sur ses jambes de larges taches noires. « Vous êtes très réaliste, madame, dit-il, mais j’ai dû moi-même vous faire mal en vous serrant. »

« Nazimova fait un geste négatif et saute dans son cabinet de toilette achever son sandwich et changer de costume.

« Quelques minutes après elle apparaissait dans une robe merveilleuse d’un tissu châtoyant et constellé de pierreries. En la voyant ainsi éblouissante et radieuse, je ne pouvais me figurer que c’était la même femme qui, tout à l’heure, nous faisait frissonner en petite misérable sans robe et sans souliers…

« Mais c’est le secret de Nazimova d’être tour à tour, et dans la perfection, le ver qui rampe ou le scintillant papillon. »

Le Cinématographe d’Art

M, Claretie, directeur de la Comédie-Française, écrit dans le Temps les lignes suivantes qu’il nous rapporte d’Italie. L’hommage qu’il rend à la cinématographie est d’autant plus piquant qu’il émane d’un homme épris de théâtre — et dont presque tous les pensionnaires jouent presque aussi souvent devant l’objectif que devant le public du Français.

En regardant ces foules assiéger les petits ou grands théâtres cinématographiques, je rapporte cette conviction que voilà décidément le théâtre de l’avenir, et celui qui hélas! suffira aux curiosités futures. Le théâtre à quatre sous, à trente centesimi (prix unique) attire un public nombreux et lui donne toute la satisfaction voulue. C’est la vieille pantomine d’autrefois mise à la mode et au goût du jour, Cela est clair, rapide, sans fatigue, sans tension d’esprit. C’est de l’art à bon compte et de tout repos. Dans la seule Florence, il y a quatre salles cinématographiques: la salle Edison, la salle Marconi, la salle Volta (tous électriciens), et ce n’est pas seulement des drôleries qu’on montre au public, Savez-vous bien qu’on lui donne un fragment même du Dante avec les vers de l’altissimo poeta projetés sur l’écran lumineux expliquant la scène qui va suivre?

Le Dante cinématographié! On croirait à une gageure. C’est une réalité, et le résultat est vraiment artistique. Victorien Sardou, dans le drame qu’il fit jouer à Londres par Henry Irving, avait en une série de tableaux, que le grand artiste anglais réalisa à prix de guinées, montré les cercles de l’Inferno. Le cinématographe arrive au même résultat sans ces dépenses formidables.

A Pise, devant le palais d’Ugolin, à l’endroit où s’élevait la fameuse tour de la Faim, aujourd’hui disparue, démolie depuis longtemps, une affiche annoncé Il conte Ugolino. Où fut l’histoire passe le fantôme. Le fantôme cinématographique. Des personnages vivants incarnant Dante Alighieri et son guide Virgile montrent dans les sinistres enfers gelés les dents d’Ugolin s’enfonçant dans le crâne de l’archevêque Ruggieri. Les figurants qui ont posé pour cet Ugolin et ce Ruggieri ont le torse nu, les muscles à l’air, et se tordent, celui qui «joue» Ruggieri dans des souffrances affreuses, l’autre de ses longues dents visibles, enfonçant ses crocs dans la chevelure, la chair et comme les os de l’archevêque au visage épouvanté, convulsé de douleur.

«Vision dantesque», dit l’affiche, Et l’affiche a raison. Pas un théâtre ne pourrait rendre avec cette affreuse intensité celle scène d’horreur. Gustave Doré avait tenté l’aventure (et qu’est de venu son tableau?). Le cinématographe est victorieux ici de la peinture et du drame. L’instrument arrive à donner l’impression même des vers du poète — et quel poète! — alors que le pinceau et le décorateur et l’acteur ne le pourraient pas.

Est-ce un progrès? C’est une autre question, mais c’est fait. Et il est bien certain que lorsque le cinématographe ne se contente pas d’être le montreur d’une lanterne magique de bêtise, il peut être un agent d’éducation et une sorte de journal animé. L’autre jour l’empereur d’Allemagne se prêtait en souriant aux opérateurs cinématographistes (le mot a-t-il été déjà crée?), qui tournaient leur manivelle tandis qu’il prenait place dans son canot automobile, Guillaume II sait que le cinématographe est aussi de l’histoire, Il posait donc volonticrs pour ce chroniqueur modern-style. Il emmène avec lui en Grèce et à Corfou un peintre attaché à sa personne. L’artiste rendra les paysages. Mais le cinéma fera les gestes, et le geste, c’est tout l’homme.

Pendant que les journaux annoncent en manchettes les événements de Constantinople, les démissions de ministres, les fusillades sur les places publiques, les envois plus ou moins authentiques de croiseurs ou de cuirassés internationaux vers la Corne d’Or, le cinématographe nous fait assister à la cérémonie du selamlik, nous montre les voitures du sultan se rendant à Sainte-Sophie, les troupes formant la baie – ces troupes qui combattront peut-être les bataillons partis, dit-on, de Salonique — et tranquillement, dans un bon fauteuil, on assisté à ces défilés, a ces manœuvres, a ce spectacle que l’on va chercher si loin, Ce n’est pas la vie, c’est le fantôme de la vie. Mais les philosophes nous dirons qu’il n’y à guère dans la vie que des fantômes et des songes. Ces sages avaient inventé, à leur manière, rêver parmi de changeantes images.

Voilà donc ce qui m’a surtout frappé dans ma visite à l’Italie, Encore un coup, je ne parle pas de l’art, qui reste immaculé malgré l’automobilisme et les inscriptions laissées sur les murailles ou même les dalles des rues par des dernières élections: Votate per… il vero amico del populo. Ou: Elettori, non votate per il gesuita X… — traces des récentes batailles d’opinions. Et je répète que le théâtre au rabais, théâtre facile, le théâtre accessible, le spectacle mis à la portée du plus grand nombre, fera à la longue un tort considérable au théâtre tel qu’il est et même au livre, À quoi bon lire les Misérables quand j’aurais vu Jean Valjean voler les chandeliers de Mgr Myriel et l’évêque lui pardonner? Victor Hugo a génialement décrit la pieuvre. Le cinématographe fera mieux: il me la montrera, gluante et terrible, avec ses affreux suçoirs.

Ceci tuera cela. Mais non, le théâtre a la vie dure et l’art, encore une fois, est immortel. La photographie n’a pas supprimé Carolus Duran, Dagnan ou Besnard. La chromolithographie nous rend les fresques de Ghirlandajo el sauvera peut-être ce qui reste de la Cène de Léonard de Vinci. Un souvenir. Il faut vivre avec son temps. Les vieux palais florentins deviennent des magasins de denrées, comme à Paris l’hôtel Crillon se transforme en hôtel pour voyageurs. J’ai vu sur la muraille noire d’un palazzo cette annonce de boulangerie: Panni tartufati (Ce qui, à Molière, signifie des pains fourrés). Il faut en prendre son parti, et si les automobiles vont vite, en profiter, parce que la vie va plus vite qu’elles. Pronti!

29 Avril 1909

Pola Negri in Bella Donna

The Elegy of Pola

Pola Negri in Bella Donna

The Black Lotus Flower of Europa has been transplanted to America… but…

A shriek rent the air. It was the climax.

The torment of music ceased, and Pola Negri a quivering, throbbing, brooding black mound of nerves lay huddled together upon the floor in front of the gilt doorway.

Slowly, almost tenderly, to an accompaniment of plaintive melody, a half-naked Nubian slave bent over her, touched her and then, with the semblance of a deep sorrow etching his face, lifted her to her feet. As he wound about her the lace of a mantilla, she stood swaying a moment, her eyes listless—empty their wells of feeling, her head beating back and forth in a dull rhythm. Then, step by step, hesitatingly, uncertainly, she half tottered out beyond the range of lights, beyond the camera itself, lost seemingly in a hypnotic mood that overhung scene and setting and onlookers, a mood nocturnal and vast as the surging, passionate desert blast that had swept and wasted and finally was destroying the bloom of its exquisitely deceptive flower— Bella Donna.

I had been watching one of the final scenes in Miss Negri’s first American picture. Nobody but would have admitted this a privilege. It was, in fact, almost lese majesty for any stranger to be on the set. Nearly as many permissions had to be obtained to enable me to look on as are required for an audience with a Grand Lama. At least, I was told that they had been obtained, but the possible significance of this excess of formalities was absolutely lost on me once I came aboard Baroudi’s love barge, where it was securely moored to the floor of the studio stage. I am not particularly concerned with formalities, anyhow, not even when they concern Europe’s most celebrated screen actress.

Baroudi’s love barge was the background for the culminating emotional scenes of Pola Negri in “Bella Donna.” The hysterical episode I had just observed, with, I might say, almost bated breath, was one of these. The heroine had just received her blunt congé from the sheikish Oriental exquisite, who had ensnared her. She was left quite alone in a world that did not love her and did not want her. The dark lotus of her charm was broken, the leaping flame of her youth was dying away. Destiny’s tragic claim was written on her brow, and one sensed for her the approach of the blackest hour:

Less than the dust beneath thy chariot wheel,
Less than the rust that never stained thy sword,
Less than the trust thou hast in me, my lord,
Even less am I, even less am I

Truly, I believe, you have never yet really seen Pola Negri on the screen. Always there has been some obscuring fault of make-up. Even as it has actually clouded her resplendent beauty, so, too, I feel, it has but half disclosed her radiant art.

To behold her now, fully illumined by the dazzle of our insurpassable lighting, and the minute excellence of our photography, will be like a glorious revelation. Lily-white her hands and face, orchidlike the spirit of her beauty. She is at once the sinister nightshade, and the white lotus, a blossom of ecstasy and a bloom of torment

A dark cool night, and oversweet
With tuberose breath;
A jeweled javelin in the heart,
Ecstatic death.

Those who have appeared in her picture have confessed to me their absolute inability to cope with her. They accuse her, in fact, of not giving a single thing. She rules the set absolutely as its mistress, and that is something that can well be understood after one watches her and realizes how much of herself she literally hurls into her acting.

She has been known to stand for minutes before a mirror, pretending to be making up her lips or her eyes. In reality she was not making up at all. That was only a pretext. She was going through her preparations for the next episode. She tested every expression of her face, studied it from every angle, endeavored to get over some undreamed-of nuance of feeling, some absolutely new light of eyes, curve of lips, engraving of forehead, to eliminate if possible a spoken title, which titles, she frankly admits, and with a positive venom in her voice, “I hat’.”

To Pola Negri music is the essence of her art. One might almost say that it is also the essence of her being. To it may be ascribed the vivid fluency of her acting. In Europe she was accustomed to have only the finest sort of compositions to accompany her acting — Tschaikowsky, Beethoven, and sometimes—though rarely, because he depresses her—Wagner. On her arrival in Hollywood she cast out all the jazz ensembles that were brought her as if they had been the seven devils. It was only after many fits of temperament and finally an absolute refusal to work, I believe, that she finally obtained a makeshift of piano and cello that pleased her. A feverish Lament of Grieg had been selected as the motif for her closing emotional tempest in “Bella Donna.” The melody tossed and undulated beneath the bow of a cellist, becoming every moment more languishing, more restless. As Pola faced Baroudi, and learned that, after her bitter sacrifice of Nigel, the Oriental no longer wanted her, that, in fact, a new Circe had already captivated him, the elegy in tone became a veritable delirium. One sensed almost a demand from the actress that the music should be her stimulus; one felt that the players played for her as they had never played before. Such, indeed, is the magnetism the well-nigh uncanny bewitchment of Pola.

Strangely, fantastically, in tune with her desespoir, the while, was the love boat’s Nirvana harmony in black and gold—a subtle Oriental harmony built on one of those weird scales of tone that come out of the heart of the Far East. The deep inlays and intricate patternings of the narrow doors became momentarily deeper and darker. The grilled windows, fretted with a design as dainty as Chantilly lace, were lost in the febrile mists. The deep divan cushioned with inky and yellow silks, became wan as in the light of dawn, its fitful purple scarflike coverings softening to amber, and its rose and fuchsia hangings to a methitic mauve. One sensed, too, almost the sick lapping of the waters of the Nile, and the oppressive portents of pyramids and sphinx and desert waste.

I know of no other setting that more admirably. seemed to accommodate itself to the moods of its star, even as it also breathed so much of the storied wonders of the incensed far away. The skill of George Fitzmaurice, the director, who promises to become truly recognized as an artist of the screen, I sensed, had been at work again, and this time for the sake of a locale that had stimulated all his fancy for the exotic, even as “To Have and To Hold” had caught his imagination in the web of the romantic.

The story of “Bella Donna” has, of course, been modified. A reason has been given for the heroine’s malefic character. Ouida Bergere, the scenarioist, told me that she felt this was justified because the original Bella Donna of the Hichens novel, while she was sirenically alluring as colored with literary descriptions, would not produce the same illusion of enchantment when coldly lighted in the silver shadows. Also, I have no doubt, Bella Donna, thus portrayed, would be far too pathological a specimen for the sensitive dispositions of the censors, and rather than risk her mutilation, it was decided to temper her. This was accomplished by allowing her to suffer an unhappy marriage before the main story opens. We sense Swansonian wormwood here, but what of it? Pola herself approved, for to me she repeated her oft- heard assertion that she docs not “want to play ze bad ladies.”

What she really means by this is that she does not want to play rôles without sympathy—straight vampire roles, sans raison d’être. She wants to reach the heart of her public as well as its mind. Will she? I wonder. Pola and the public’s tears? Somehow they seem incompatible. Yet it is for those tears that she seeks and strives and struggles with the frenetic intensity of her art, showering in diamonded cascade the scene with her own unleashed grief.

“When I weep it is not for myself alone ; it ees for everybody,” she told me, half chanting the words. “I theenk always of audience, people, everywhere, all, sorrowful weeping wiz me. I poot my whol’ heart, my whol’ soul into my art, my expression, my tears, so zat zey may feel wiz me what I feel, so zat zey perhaps suffair what I suffair.

“I want to play Bella Donna sympathetique. I do not believ’ she should be play’ like bad woman—like vampir’—I do not believe that woman ar’ evair vampir’ by natur’. Woman become vampir’ because of situation, circumstance—what you call—fate! No woman become bad by natur’, but by fate.”

“And because.” I ventured, perhaps…because, of some man? I mean that woman’s wrongdoing is contingent—dependent sometimes on the wrongdoing of some man.”

There was a subtle flash between us. And then, a moment’s pause, and

“That is an interesting psychological question, but”—and this was delicately yet, I might say, nearly tigerishly emphatic—‘“I do not care to discus’…!”

There was finality in the answer. Our talk ended shortly after. It taught me that Pola is not given to gossiping about the questions of life as we in America do quite casually and on every street corner. Her experience with telltale interviewers has, perhaps, made her more cautious than ever! Anyway, she cares only to converse regarding her art, and life only as it is related to her art. To all queries aside from this she generally replies now, “I do not care to discus’ ’’—even as, to the inquiries concerning her rumored marriage to Chaplin, she has maintained a frigidly dynamic silence. You can guess, if you will, what her views and her sentiments are regarding life and its personal relationships, but you can only know her through her art. There is about her consequently something enigmatically alluring, and that, I believe, is her highest enthrallment, that and her marvelous treasure of talent and emotion.

Will America change her? One wonders, because one can only wonder. She may remain here for the space of two years now, and in that time what may not happen! America has always been reckoned a great melting pot for all. Yes, perhaps. For nearly all, but there are some… like Pola.

Edwin Schallert
(Picture-Play Magazine, March 1923)