Opinions de cinéastes: Jacques Feyder

Thérèse Raquin, réalisation de Jacques Fayder (1928)
Gina Manès, Wolfgang Zilzer et Hans Adalbert Schettow dans une scène de Thérèse Raquin, réalisation de Jacques Fayder (1928)

Paris, Novembre 1928

— L’état du Cinéma Européen? Je ne crois pas qu’il soit bien difficile de le définir. Considérons par exemple le Cinéma Allemand. Combien réalise-t-on de films allemands chaque année? Un ou deux. (Métropolis en est un, par exemple.)

Les autres films sont des productions germano-américaines, le plus souvent dépourvues d’intérêt. Il y a bien quelques petites firmes qui produisent des films spécifiquement germaniques. Mais ce sont des œuvres réalisées avec peu d’argent et des moyens de fortune. Leur médiocrité ne leur permet pas de passer la frontière et elles ne sont distribuées qu’en Allemagne et dans certains pays de l’Europe Centrale. L’Allemagne a été colonisée par les U.S.A.

Le films suédois d’une valeur remarquable est mort d’une « maladie économique ». Et les films actuellement produits en Suède le sont par l’intermédiaire des firmes américaines.

Le films français est ignoré à l’étranger depuis la guerre. Les quelques films français de qualité produits chaque année ne passent pasêla frontière. Les tentatives faites chez nous (car c’est seulement en France que l’on trouve encore des essais) avortent faute d’argent.

L’Allemagne a été colonisée par l’Amérique de la manière suivante: Les maisons allemandes contractèrent  des marchés sur des offres américaines. Les maisons américaines savaient bien que  les allemands ne pourraient remplir leurs engagements et ils les ont « exécutés ». Aujourd’hui, le personnel des firmes allemandes est en grande partie américain.

Le Cinéma Anglais tente de naÎtre, mais il est déjà sous la dépendance économique des U.S.A. En fait, la France seule se défend.

Pour ma part, je suis certain que la France digèrera le Cinéma Américain. Ce pays dispose d’une extraordinaire faculté d’assimilation. Il absorbe chaque année 50.000 belges, 150.000 italiens et de nombreux émigrants divers… L’estomac de la France est solide.

Je le répète: Nous allons « digérer » le Cinéma Américain.

Mais oui, ce n’est sans doute pas tout de suite que ce fait va se produire, mais il se produira, c’est inévitable.

Un mouvement de renaissance s’amorce. Le contingentement l’appuie. C’est là une excellente mesure théorique qui demande une mise au point, qui se fera, de par la force même des choses…

Et Paris sera la capitale du film européen…

— Optimisme ou Ironie!

— Vous verrez que les Américains auront besoin de nous… D’ailleurs voici ma devise: Optimisme, Indulgence, Confiance… envers le Film Français.

— En attendant vous partez pour l’Amérique!

— Il faut bien y aller pour voir et savoir… On nous dit tant de choses… Pour ma part, je reste persuadé que la grande cause de la supériorité américaine en matière de film, tient plus à l’organisation économique et à la confiance du capital national qu’au génie de la race.

Un exemple: Aux U.S.A. l’on engage un artiste ou un réalisateur non pas pour un mais pour cinq films. Conséquences:

1°) Le réalisateur, l’acteur, travaillent en paix et se perfectionnent.

2°) Le capital est toujours rémunéré car:

Le cinéma étant une matière très vaste, le réalisateur peut se tromper une fois, et créer une œuvre qui ne touche pas le public. Mais le capitaliste trouve ses bénéfices sur les autres films. D’autre part, la publicité formidable faite pour la série de films assurera leur lancement et s’amortira facilement sur le nombre des productions.

Voilà un exemple de standardisation intelligente. Il ne s’agit pas d’un effet mécanique de production, mais d’un effort industriel organisé.

C’est cette organisation que nous devons imiter en France. Ainsi le capital viendra à l’industrie cinégraphique. S’il s’en éloigne aujourd’hui, c’est qu’ici cette industrie n’est pas respectée, elle est considérée comme une activité d’amateur.

Il faudrait aussi faire l’éducation du public et surtout celle des exploitants qui en méconnaissent parfois les goûts. C’est pourquoi je considère avec joie le développement des salles spécialisées telles que Le Vieux-Colombier, Les Ursulines, Le Studio 28 ou Le Ciné-Latin.

Leur tâche n’est pas de montrer des films d’avant-garde. D’ailleurs en existe-t-il, et que signifie ce mot?

Mais elle est doublement utile.

D’une part, elles font connaître à un public choisi des œuvres de qualité qui font son éducation. D’autre part, elles révèlent aux exploitants l’existence d’œuvres appelées à un grand succès commercial et que leur négligence condamnait à l’oubli.

De tels efforts établissent dans le public la notion exacte de la valeur du Cinéma que les exploitants ont intérêt à fausser en faisant l’éloge des productions médiocres et nombreuses, et en abaissant les bonnes productions. L’exploitant craint le film de qualité, à grand succès, qui rend plus difficile son public. Il a intérêt au nivellement par le bas de la production…

Je le répète, j’ai confiance en l’avenir du cinéma français.

Jacques Feyder se lève.

— Optimisme… Confiance… Ces mots s’égrènent tandis qu’il heurte les tables basses du bar américain. Et dans le halo de la porte, sa silhouette s’efface.

François Mazeline
(cinéma-cinè pour tous)

Reginetta Isotta – Cines 1918

Thea
Thea, giovane interprete del cinema muto italiano

Torino, Agosto 1918. È questo un film di presentazione per una giovane attrice che si nasconde sotto il nome di Thea. E pertanto occupiamoci subito di lei.
Thea è una magnifica creatura, una di quelle « forme ideali purissime della bellezza eterna », che appaiono rare sulla nostra sublunare pallottola per renderci grati al supremo fattore e… per aiutare la selezione naturale con lo spettacolo affascinante del loro corpo divino e del loro viso angelico. Bene quidem! Thea ricorda superandole, due somiglianti e famose beltà, della cinematografia: Lyda Borelli e Pina Menichelli; e questo è un bene; ma è anche un male, giacché alla somiglianza fisica corrisponde, forzatamente, una sensibilissima somiglianza di espressione, per la quale la signorina Thea avrà non poche amarezze da parte delle solite anime buone che proclameranno, anzi già proclamano, che lei scimiotteggia quelle sue compagne. Il che, sia detto subito, non è interamente vero. Thea non scimmiotteggia; Thea si muove come l’inobliabile Lyda, perché la sua figura ha con quella di Lyda Borelli una identicità sorprendente. Thea sorride con una boccuccia… piena di denti, perché il taglio della sua bocca è infantile come quello della Menichelli. Pertanto, quasi sempre, la somiglianza fisica la fa sembrare una imitatrice.
Abbiamo detto « quasi sempre» e a ragione veduta, giacché, per essere esatti e sinceri, dobbiamo ammettere che Thea qualche volta sente l’influsso di quelle sue sosia, e ciò perché ancora la giovinetta esordiente non è sicura della sua ala. Ma, poiché attraverso le varie figurazioni di Reginetta Isotta, appare chiaro che Thea è tutt’altro che un’oca, noi confidiamo che ella lascerà presto certi modi non suoi, che le son serviti come punti di appoggio per muovere i primi passi, e assumerà una forma decisamente sua. Naturalmente essa deve prepararsi ad altre amarezze, giacche una bellezza come la sua non trova facile perdono presso la poco bella massa umana. Si sentirà, ad esempio, ripetere per molti anni che recita… bello, come si diceva, con vera ingiustizia, di quella mirabile Tina di Lorenzo, la quale, nella così detta commedia da tavolino, era la più brava delle nostre attrici.
Ma Thea seguiterà a sorridere con quel suo magico sorriso di trionfatrice e proseguirà la sua strada. La quale sarà… quale essa vorrà che sia: infatti da lei sola dipende il divenire la massima attrice cinematografica, visto che alla straordinaria bellezza si accoppia in lei un ingegno svegliato: ma perché possa giungere alla meta, si ricordi che non deve posare (e notiamo subito che c’è in lei la pessima tendenza alla posa), che dev’essere sincera e vera e non preoccuparsi affatto di essere sempre in vista dell’obbiettivo, ossia dello spettatore. (Anche il farsi desiderare è una civetteria, anzi, forse, la più furba). E non creda di essere già brava, per quanto prometta di divenire bravissima. Dia quindi ascolto ai maestri, sempre, anche quando sarà giunta all’apice della sua carriera. Così soltanto avrà il suffragio dell’affetto da parte del pubblico, e questo val più che l’ammirazione per quel dono di bellezza di cui le fu prodiga madre natura.
E poiché abbiamo cominciato dalla interprete principale, ricordiamo accanto a lei Livio Pavanelli, uno dei pochissimi attori italiani che abbia capito che sia la nuova arte. Egli può competere coi migliori artisti americani, tanto per il fisico bellamente virile, quanto per l’intelligenza con che caratterizza le sue parti. In questo film le sue doti si affermano ancora una volta luminosamente. Ottimo, l’attore che impersona l’ammiraglio, quello che fa la parte del padre, buona la Fulvia Perini, e bravi, in genere, tutti gli altri.
La mise en scène è squisita di signorilità: i quadri, tagliati all’americana, abbondano, fin troppo, di primi piani, talora non richiesti né giustificati, ma che sono dei veri saggi di perfetta fotografia.
E il soggetto? E grazioso, né poteva essere altrimenti, giacché è una filiazione più che diretta di un capolavoro in cinquanta paginette, di H. De Balzac: Le Bal de Sceaux. Se non che l’autore di questo scenario, o meglio il riduttore, ha voluto farne una commediola leggera, superficiale e a lieto fine, svisando così l’opera del Maestro enorme. Tutta la verità della condotta balzachiana è qui sostituita da una evanescenza di ornamentazione esteriore, attraverso la quale non possono farsi strada i gridi umani delle creature che soffrono il più assillante dei mali: il mal d’amore. E perché rinunziare con tanta leggerezza, per non dir altro, a quel finale inesorabile ma logico e così infinitamente pietoso del testo? E una domanda che rivolgiamo alla grande Casa romana, dalla quale anche sarebbe da richiedere una maggior sorveglianza sulle didascalie che non sono davvero esempi di bello scrivere!

Les idées de Germaine Dulac

Germaine Dulac au studio
Germaine Dulac au studio

Paris, Juin 1925

Madame Germaine Dulac, qui vient d’achever Âme d’artiste pour la Société Ciné-France-Film, est un metteur en scène qui a des idées fort arrêtées sur le cinéma et ses possibilités.

— Un aimable philosophe, me dit-elle, a écrit un jour: “Lorsque mes amis sont borgnes, je les regarde de profil”. Or, pour le public d’un côté, pour nous, auteurs, de l’autre, le cinéma est l’ami borgne que nous regardons seulement de profil. Le public ne dit-il pas: “Que la plupart des films sont donc puérils et sans intérêt!” Et nous autres: “Si le public voulait comprendre, s’il voulait nous suivre, que le cinéma serait beau!”
Il importe donc de franchir le mur d’inconnu qui sépare public et créateurs. Il importe de savoir ce que souhaite ce public et il importe que, nous autres, nous faisons connaître nos recherches d’artistes, nos intentions nouvelles, pour essayer de libérer le cinéma des vieilles formules où il se meut depuis son invention.
C’est ce  que j’appellerais, si vous le voulez bien, dit en souriant Mme Dulac, “le cinéma progrès.” Ce cinéma-là doit-être une forme neuve d’expressions, de pensées et de sentiments. Les images mouvantes doivent être comme une nouvelle écriture, une nouvelle palette de peintre, un nouveau ciseau de sculpteur, un nouvel archet de musicien. On a mis, jusqu’ici, le mouvement au service d’idées de romans, d’idées de théâtre, alors qu’il aurait fallu faire le contraire et mettre l’idée au service du mouvement. J’estime donc que nous déraillons:
1° Quand nous transposons à l’écran, des pièces, des romans;
2° Quand nous voulons raconter une histoire;
3° Quand nous mettons des sous-titres dans nos films.
Une suite d’images peut parfaitement émouvoir, sans que ces images soient liées par une intrigue. Tenez, je vais prendre un exemple concret et simpliste: j’ai vu, il n’y a pas bien longtemps, un film documentaire sur “la germination du blé.” Peut-on rêver idée plus simple? Eh bien! la succession des images de cette germination, la lente montée de ce germe vers l’air et vers le soleil, était émouvante par la sensation seule qui s’en dégageait.
Je reste donc persuadée que le cinéma peut nous émouvoir san personnage, partant sans décor et sans moyen de théâtre.

— Croyez-vous que le public puisse vous suivre sur ce terrain?

— Non, pas tout de suite! Ne demandons pas trop. Je ne voudrais pas supprimer, en un jour, des écrans, les jolies petites histoires que nous écrivons tous, parce qu’on nous les demande et parce que ce public que nous ne connaissons pas, les réclame, paraît-il; mais quand je peux, dans nos films, l’espace d’un court moment, échapper aux affabulations théâtrales et tenter d’émouvoir par la sensation seule, par le mouvement des choses vues en elles-mêmes, par des jeux de lumière, par des combinaisons de gestes, je n’y manque pas. Peut-être ainsi arriverons-nous, par étapes, à faire l’éducation de ce public qui nous suit et qui nous aime, et peut-être pourrai-je réaliser, un jour, sans être taxée d’incohérence, ce “film symphonique”, dont je rêve, et dans lequel chaque image contribuerait à une mélodie d’ensemble. Mais tout cela, je vous le répète, reste encore du domaine de l’idéal.

— Avant même qu’elle soit sortie, on dit le plus grand bien de votre dernière réalisation, Âme d’artiste?

— Oui, je suis heureuse de pouvoir vous déclarer que, pour la première fois, j’ai tourné un film avec des moyens inusités, grâce à la Société Ciné-France-Film, qui m’a donné toutes les facilités pur faire beau et bien.

Je m’en voudrais également de ne pas vous signaler combien j’ai été satisfaite de l’interprétation tout entière, de miss Poulton, de Mmes Ivette Andreyor, Gina Manès, Bérangère, de MM. Koline, Pétrovich, Henry Houry, et aussi des admirables décors de Lochakoff. Tous ont travaillé en plein accord et avec un entrain rarement constaté; aussi le résultat final est-il fort brillant.

Comme Mme Dulac achevait ces mots, je sentis tout à coup un choc sur l’épaule, tandis q’une pelisse soyeuse me frôlait la joue: c’était Syn, le chat de la maison, qui, s’étant élancé du haut d’un meuble sur mon épaule, venait prendre part à la conversation.

— Oh! monsieur, je m’excuse, j’adore les animaux, et Syn, ainsi que sa camarade Nelly, ont l’habitude de toujours se tenir dans mon bureau.

Nelly, en effet, une délicieuse “griffonne”, arrivait à la rescousse, jalouse, sans doute, des caresses que je prodiguais à Syn.

— C’est que Nelly est une grande vedette, vous savez; elle a déjà tourné dans Gossette et, sans doute, aurais-je encore besoin d’elle pour d’autres films.

— Je vois que vous avez déjà d’autres projets?

— Oui, mais je ne puis rien dire encore. Je viens de terminer Âme d’artiste avec des procédés techniques nouveaux, avec des décors nouveaux. Autrefois, j’ai réalisé la Cigarette et, lorsque je mesure le chemin parcouru, Âme d’artiste m’apparait comme “une cigarette de luxe”! C’est un film que j’aime beaucoup; comme une maman aime toujours son dernier né, mais maintenant je pense déjà à d’autres réalisations. Pour qu’un film soit parfait, il faut que le metteur en scène fasse lui-même le scénario, le découpage, la mise en scène, comme je l’ai fait pour Âme d’artiste. Je n’aime pas la division du travail en matière cinégraphique.

— Mais cela suppose, madame, un travail considérable et il y a bien peu de metteurs en scène qui pourraient s’y astreindre?

— Oh! reprend Mme Dulac, le travail est encore la meilleure des distractions et il faut se donner complètement à l’œuvre qu’on veut accomplir. Ainsi, actuellement, j’ai fait cinq scénarios sur le chantier; je me lève chaque jour à sept heures, et souvent, à dix heures du soir, je suis encore à ma table de travail.

Je jette un coup d’œil circulaire dans le vaste bureau, où ce laborieux metteur en scène féminin m’a accueilli. Du haut en bas, les murs ne sont que rayons garnis de livres.

— Vous aimez la lecture?

— J’adore les livres, la photographie, la politique. Si je ne faisais pas de cinéma, je ferais de la politique. Oui, je suis devenue encore plus féministe depuis les dernières élections, depuis que j’ai vu les affiches, les fameuses affiches, vous savez, où la France, la Serbie, la Roumanie étaient indiquées par une tache noire, comme étant les seuls pays où l’on ne vote pas. Il faut que la femme vote, dites-le!

Je l’ai dit.

René Manevy
(Ciné-Miroir)