Les quatre Cavaliers de l’Apocalypse au Théâtre du Vaudeville


Les quatre Cavaliers de l'Apocalypse Rex Ingram 1921

La vision du saloon-dancing de Buenos Aires où Rudolph Valentino fait si brillamment volter de vénales Dolores

Paris, Mars 1922

Quelle déception! Deux ans de réclame anéantis en une heure. Et puis quoi de pire que de tomber dans ces plates vieilleries après les cent cinquante premiers mètres du film.
La vision du saloon-dancing de Buenos Aires où Rudolph Valentino fait si brillamment volter de vénales Dolores aux jambes possibles, est radieuse, ardente, aiguë: nous avons retrouvé le ton de ces vieux films où Thomas H. Ince avait pensé (lumineusement) à Jack London.

Mais ensuite, désastre sur désastre. Il faut bien s’apercevoir que ce film est vieux! Ne soucierions-nous pas de Civilisation et de L’invasion des Etats-Unis maintenant? Nous applaudissons J’accuse de confiance. La guerre est loin, et les cartonnages des villages californiens évoquent mal les ruines de la Marne. L’idée grandiose des hantises prophétiques de Tchernoff promettait beaucoup, De Mille et Fitzmaurice ont fait mieux. Amen. C’est raté. N’en parlons plus.

Le Vaudeville avait d’ailleurs bien fait les choses: 1° C’est aux gens de théâtre parisiens qu’on a montré cet effort cinégraphique; 2° C’est une projection infernale qui a collaboré a faire de cette bande une région dévastée; 3° C’est une orchestre sans peur et sans reproche (oh, Paul Letombe, que faites-vous là?) qui a joué ne disons pas quoi et qui a fait les bruits de scène: coups de grosse caisse quand la femme tombe, claquette quand le meri gifle l’amant, grelots quand les chevaux s’avancent, marteau quand on frappe à la porte, etc., etc. Abominable soirée.

Tout a été sifflé, sauf le singe.

Il est vrai que les sous-titres… Ah! Qui a traduit les sous-titres? Qui les a saupoudrés d’esprit? Qui les a rempli de passion? Celui-là peut-être fier de son œuvre. C’est le Courteline du cinéma.
Louis Delluc (Cinéa)

Ce film, d’une technique sérieuse, bien éclairé, joué par des acteurs de mérite à la tête desquels il faut placer Rudolph Valentino, nettement supérieur dans le rôle de Julio, est, Nous dit-on un film de propagande anti-allemande!

Francophile, ce film où continuellement sont mises en parallèle deux familles, l’une française où tout est discorde et passion, l’autre allemande, où tout est ordre, respect, travail? Film de propagande, celui où la femme française n’est que coquetterie et trahison? Il est vrai que pendant quelques minutes, les brutalités allemandes sont stigmatisées lors du sac du château, mais n’est-ce pas une façon d’absolution que cette réponde d’un officier allemand: “Que voulez-vous, c’est la guerre”.

De grâce, messieurs, pour créer chez vous un mouvement de sympathie envers la France, pour souligner ce que la guerre peut avoir de cruel et de pénible, passez nos films officiels, vous y verrez nos villages dévastés, nos monuments détruits; mais, surtout, renoncez à porter à l’écran la famille française telle que vous la concevez. Vous ignorez tout de nous et de notre vie; vous ne connaissez de la France que Paris, et de Paris que Maxim’s, les Palaces et les Dancings. Croyez-moi, ce n’est pas là toute la France; pas plus que les jeunes Américaines, grands enfants mal élevés et chassant le blason, que nous voyons parfois ici, ne sont, nous en sommes persuadés, toute l’Amérique.
L’Habitué du Vendredi (Cinémagazine)

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Archivio del Cinema Muto - Silent Film Archive
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