Les coulisses d’un film

Musidora La Vagabonde

Dehors, c’est le printemps romain: azur sans vigueur où fauche l’aile des martinets, nuages émus à peine par un sirocco faible, et des roses parmi les jardins, des lilas, des acacias, des épines blanches, des glycines qu’une seule journée de chaleur décolore, et qui échangent par-dessus la via Nomentana leur parfum de beignets vanillés et de fleur d’orange.

Dedans, sous les vitres du hall sans murailles, c’est déjà, et jusqu’aux vents frais de septembre, la fournaise. L’air séché offense la gorge et les bronches, « mais », comme l’affirme un pensionnaire de la Société  cinématographique en montrant le thermomètre, « il est bien rare que ça dépasse cinquante-cinq degrés ».

Le canon de midi a tonné sur Rome. L’odeur de l’huile chaude et du poisson frit, venue de la maisonnette des concierges, a traversé le théâtre de verre, avec le grésillement des oignons. Quelques minutes après, l’air fleura le café et les oranges écorcées. Midi e demi, — une heure, — deux heures, — et nul souple acteur italien, nulle figurante aux vastes yeux, ne s’est élancé vers le vestiaire d’abord, vers la trattoria ensuite: ce monde, borné  par des parois transparentes, régi parla la course de l’astre et celle du nuage, a rompu aves les coutumes millénaires.

La vedette déjeunera vers quatre heures; plus heureux, le petit rôle dépêche à la dérobée une frittata entre deux tranches de pain national, bis et compact. J’ai faim. A cinq cents mètres d’ici je trouverais un fiacre, cheval sans âge, cocher vermoulu et plein de ténébreux mauvais vouloir… Ce n’est pas mon travail qui me retient ici, c’est celui des autres. Moi, je suis seulement ce témoin, cet indiscret, cet oisif: l’auteur du scénario qu’on est en train de « tourner ». N’importe, je reste. J’assiste au spectacle cent fois vu et cent fois nouveau. Le programme de la journée comportait plus d’une attraction: pugilat entre deux rivaux, dans un décor de music-hall miséreux, scène des lettres surprises, décor des adieux… Pour l’instant, la pause se prolonge et les meilleurs courages chavirent. Une matrone blanche et blonde, énorme, engagée à tant le kilo pour jouer le rôle de la Femme-Canon, halète dans son justaucorps de paillettes et l’on pense à l’agonie étincelante de quelque poisson des mers lointaines.

Stoïque, pantalonné de gris perle, le jeune premier reste debout. Il a insinué entre son col et son menton un mouchoir plié, et s’évente avec un journal. Il ne parle pas, il ne se plaint pas, tout son visage taurin de beau garçon du peuple n’exprime qu’une pensée: « Que je succombe debout et suffoqué, mais que demeure, jusqu’après moi, le pli du pantalon gris-perle! pli rigide qui tout à l’heure fléchira, une seule fois, pour l’agenouillement devant cette éblouissante jeune femme… »

Eblouissante, en effet. Il n’y a rien de plus blanc que son visage poudré, sinon ses bras nus, son cou sans colliers, sinon le blanc de ses yeux. Chaque fois que je regarde ses  yeux, ma mémoire me souffle cette phrase de Charles-Louis-Philippe: « Elle avait des yeux d’une grande étendue… » Noirs ses cheveux et noirs ses cils, sa sombre bouche entr’ouverte sur les dents blanches — elle est toute pareille déjà à son image cinématographique, et les professionnels d’Italie et de France vous feront d’elle ce compliment sans réplique: « Une plus photogénique qu’elle, il n’y a pas! »

Cette jeune beauté aguerrie défie la lumière écrasante. Elle s’est fait — à quel dur entrainement! — des paupières qui ne clignent point, un front insensible, et je larmoie rien qu’à la voir lever, contre les rayons de midi, son regard de statue… Elle n’a qu’un peu de sueur au bord de ses cheveux ondés, et parfois, sans qu’un trait de son visage vacille, una larme ronde, fruit douloureux de l’œil blessé et de la paupière tendue, quitte ses cils et roule sur sa joue.

Cette jeune femme, la vedette, cuit sous le toit de verre depuis neuf heures du matin. Hier, elle a changé onze fois de toilette, de bas, de souliers, de chapeau, de coiffure. Le jour d’avant, elle grelottait, demie-nue dans des jardins, sous les lilas dégouttants de pluie. Demain, une automobile  l’emportera, à sept heures, vers les montagnes encore neigeuses, quarante kilomètres pour aller, quarante pour revenir, pas d’auberge. En décembre dernier, elle est rentrée, par trois degrés au-dessous de zéro, dans la mer et y a nagé. Un film policier l’a jetée sous un train, d’ou elle sortit noire, un peu brûlée d’escarbilles, l’a assise sur l’aile d’un automobile en marche…

Etrange destin, qui donne à rêver. Labeur grevé d’austérité, privé de la récompense qui galvanise chaque soir la fatigue au théâtre: l’applaudissement, le chaud contact du public, le réconfort des regards et des convoitises… N’est-ce donc que l’appât du gain qui soutient le grand premier rôle, homme ou femme, du cinéma et le conduit à des risques quotidiens? Je ne puis le croire…

Colette

Il quarantennio del cinematografo festeggiato a Roma

40° anniversario della cinematografia, Roma 1935
40° anniversario della cinematografia, Roma 1935 (Archivio In Penombra)

Roma, 1935

Parrebbe incredibile, se non fosse luminosamente vero: questa complicata espressione sintetica che tiene un po’ di tutte le arti, questo formidabile strumento educativo, sociale e politico ch’è il cinematografo, non ha che quarant’anni. Infatti, lasciando a parte i primi tentativi (esperienze di Hervé Faye, E. J. Muybridge, Janssen, Marey) gli si assegna come data di nascita il 22 marzo 1895, quando cioè i fratelli Lumière proiettarono, di fronte ai soci della Società francese per il progresso dell’industria il celebre film L’uscita degli operai dalle Officine Lumière.

Per la celebrazione di questo quarantennio, sono state organizzate in Italia, a cura delle Sezioni cinematografiche del G.U.F., diverse manifestazioni, da cui si rileva, oltre alla viva parte che il nostro Paese prende all’esaltazione di ogni progresso artistico e civile, lo spirito di sincera amicizia italo-francese. Ad esse presenzia Luigi Lumière, il geniale inventore che il Governo italiano considera suo ospite d’onore per parecchi giorni.

Chi può dire quale impressione avrà suscitato nell’illustre inventore francese il ricordo di quei lontani albori, durante la grande serata celebrativa al Supercinema di Roma? Essa infatti è stata una delle più significative ed attraenti manifestazioni per il quarantennio cinematografico: celebratasi la sera del 22 marzo, essa ha lasciato in tutti gli spettatori una sensazione indimenticabile. Centro dell’attenzione entusiastica di un pubblico d’eccezione, per numero e qualità, fu Luigi Lumière, il quale apparve nella grandiosa sala romana, accompagnato da S.E. il conte Galeazzo Ciano: egli fu fatto segno di una calorosa dimostrazione da parte di tutti gli spettatori, mentre la banda dei Carabinieri intonava la Marsigliese, la Marcia Reale e Giovinezza; l’illustre ospite prese posto, avendo il conte Ciano e l’Ambasciatore di Francia conte de Chambrun da una parte e il dott. Luciano De Feo e Luigi Freddi dall’altra. Numerosissime le personalità intervenute; oltre le suddette si notavano: Ministri, Sottosegretari di Stato, gerarchie del Partito, senatori, deputati, accademici, direttori italiani e stranieri di case cinematografiche, produttori di films ed autori. Tra questi il soggettista di Poil de carotte, il film francese attualissimo, che ha fatto parte dello spettacolo. Erano anche presenti una rappresentanza del’Accademia francese e un gruppo di studenti della Sorbona, venuti a Roma per la circostanza.

Lo spettacolo ebbe inizio con la presentazione della Rivista Luce N. 4: ecco apparire sullo schermo i primi films Lumière: sono gli stessi presentati, esattamente in questo giorno, or fanno quarant’anni: L’arrivo del treno alla stazione di Lione, La colazione di bebè, L’uscita dalle officine Lumière, L’annaffiatore  annaffiato; brevi pellicole d’un minuto di durata, in cui non era questione di recitazione né di inquadrature, ma nelle quali era il germe di quelle che dovevano poi essere le gloriose virtù del cinematografo. Ecco, subito dopo, la proiezione del primo film italiano: La breccia di Porta Pia, realizzato da Alberini nel 1905. Quindi con un balzo in avanti di sei anni si arriva ai films che svolgono un soggetto quasi sempre di carattere passionale o comico. Per rendere più vivo l’ingenuo sapore di queste pellicole, Corrado d’Errico, il realizzatore della Rivista, ha inquadrato alcuni brani di films di quell’anno in una spassosa ricostruzione dello svolgersi di uno spettacolo cinematografico d’allora, durante il quale il pubblico ride ed applaude, quanto più il dramma è truce, quanto più gli attori si agitano per cercar il maggior effetto presso lo spettatore. E con il… pubblico d’allora, il pubblico della grande serata di gala ha applaudito e s’è divertito.

Fece seguito un film d’arte, Poil de carotte, un nuovissimo lavoro francese realizzato da Julien Duvivier, e presentato nell’edizione originale.

La terza parte dello spettacolo ebbe, si può dire, un carattere dimostrativo: costituita da raffronti tra brani di pellicole italiane dei primi tempi della nostra cinematografia e brani di pellicole straniere, essa dimostrò l’apporto della cinematografia italiana a quella mondiale. Ecco infatti una scena di Cabiria, possente e immaginosa, che rivela come gran parte dei mezzi e delle risorse che oggi il cinema possiede e largamente sfrutta (quali la panoramica e il carrello) derivano da questo film italiano. Ecco una scena di Messalina, dove la corsa delle quadrighe ha ispirato una scena simile in un film famoso della produzione americana: Ben-Hur. Ed ecco un dettaglio di Marcantonio e Cleopatra, confrontato con altri simili del recente film di Cecil B. DeMille.

Dopo le cinematografie storiche, lo schermo proietta i primi saggi, pure italiani, dei films gialli, di quelli sociali e veristi e di quelli che potrebbero definirsi commedie-operette. Generi, tutti, nati in Italia per essere poi ripresi e sviluppati all’estero. Ed ecco infatti:
I topi grigi di Ghione, Teresa Raquin, con Giacinta Pezzana, Sperduti nel buio con Maria Carmi e Giovanni Grasso, Girotondo di undici lancieri, che si alternano a qualche scena di famosi films stranieri, quali: Le vie della città, Piccolo Caffè, Metropolis, Il ladro di Bagdad, ecc.

Ma la grande sorpresa la riservano le ultime proiezioni dello spettacolo: appaiono i giornali filmati, procedendo sempre per raffronti tra il vecchio e il nuovo. Un episodio della guerra libica è messo a confronto con quello, recentissimo, che riproduce la partenza di Messina dei nostri soldati per l’Africa Orientale.

E per ultimo, eccoci in piena cinematografia 1935, “ultimissima ora”: una didascalia annunzia la proiezione di un recentissimo avvenimento: la colazione offerta il giorno precedente a Luigi Lumière. Dinanzi all’ammirativo stupore degli spettatori, appare sullo schermo Lumière tra le personalità intervenute per festeggiarlo: si assiste all’arrivo degli invitati, e infine l’inventore del cinematografo è ritratto davanti al microfono.

Ma non bastava ancora: un tale prodigio di rapidità doveva essere ancora superato, il pubblico doveva rimanere addirittura sbalordito, vedendo svolgersi sullo schermo quanto era avvenuto circa due ore prima, e cioè l’ingresso della folla al Supercinema, l’aspetto della sala, le fisionomie di alcuni spettatori, che diventavano, in tal modo, protagonisti del film. Due ore erano bastate perché gli abilissimi tecnici della L.U.C.E. avessero ripreso la scena e approntata per la proiezione. Naturalmente il pubblico di fronte ad una così miracolosa sorpresa è scattato in applausi entusiastici.

La serata si concluse quanto mai lietamente con un squisito cartone animato di Walt Disney, che il geniale inventore stesso aveva, con gentile pensiero, fatto giungere per via aerea, affinché partecipasse alla celebrazione.

Max Linder à Hollywood

Charles Chaplin et Max Linder 1920
“Les reporters et photographes des principaux journaux cinématographiques nous ont accompagné dans ce “voyage autour de la chambre” de Charlot et ont pris quelques photos amusantes: les lecteurs du Film pourront en juger par le cliché ci-joint qui est naturellement, inédit.”

Janvier 1920. En passant en gare de Chicago, je dus sortir de mes malles, ma pelisse, mes gants fourrés et un cache-nez, tant le froid était vif: mais, continuant ma route vers la Californie, la température s’adoucit peu à peu, si bien que j’arrivai à Los Angeles par un temps radieux, par une temperature estivale. Mon débarquement avec mes fourrures et mon cache-nez eut un certain succès mais, comme il était 5 heures du matin, peu d’amis avaient eu la patience d’attendre mon train qui n’avait que douze heures de retard. Pour l’Amérique, c’est fort peu, puisque les trajets de 5 et 6 jours sont courants. En France, nos retards sont tout de même plus modestes!

On a dit fort justement que la Californie était la Côte d’Azur des Etats-Unis mais le climat y est cependant un peu plus chaud et en ce moment, non seulement il n’est pas question de mettre un pardessus, même d’été, mais le gilet se supporte difficilement.

Et avec quel plaisir j’ai retrouvé cette lumière admirable! On comprend que le climat enchanteur ait séduit les cinématographiques car sous un ciel pareil, on peut tourner en moyenne 300 jours par an; et en dehors de toute question d’agrément, on se rend compte que la production et le travail peuvent y être intenses.

Aussi, depuis deux ans que j’avais quitté la Californie, le nombre des studios de prise de vues a considérablement augmenté et les fabricants de “moving pictures” roulent sur l’or.
Il y a ici plusieurs sociétés cinématographiques, — je ne parle que des plus importantes — dont les théâtres de prise de vues, usines de fabrication ou de développement, etc., sont de véritables villes industrielles. J’ai visité dernièrement les studios de Goldwyn et je suis resté littéralement stupéfait des progrès réalisés depuis mon départ, il y a deux ans, au point de vue de l’organisation et de l’installation de ces “usines” cinématographiques.
Cette firme possède à elle seule sept grands théâtres vitrés, parfaitement organisés pour travailler tant à la lumière artificielle que solaire. A côte, se trouve une véritable fabrique de meubles, corniches, moulures, boiseries, etc., qui occupe près de 300 ouvriers et est uniquement destiné à satisfaire aux besoins des théâtres de prise de vues, en décors et installations.

Car bien entendu, les toiles peintes, les fausses cloisons, les fausses portes, les faux plafonds, les meubles en carton pâte, sont ici rigoureusement proscrits. Tout est “en vrai”. Cela coûte évidement plus cher, mais croit-on que le public ne soit pas sensible à l’impression de luxé solide et sans clinquant, de vérité des intérieurs américains, qui donnent la sensation d’avoir été tournés selon le scénario, soit dans des villas ou des hôtels particuliers, soit dans de véritables taudis, qui ont été les uns et les autres reconstitués de toute pièce. Bien entendu, outres les ateliers de staff et modelage en plâtre. Puis, pour la partie costumes, des ateliers de modistes, ailleurs por dames, tailleurs pur hommes. Enfin, le magasin de matériel, immense et admirablement monté en objets de toute nature qu’on ne peut comparer qu’à un grand bazar parisien. Si vous ajoutez à cela un restaurant très élégant, et un hôpital pour les blessures, accidents et maladies, vous aurez une idée de ce que sont les studios les plus modernes de Los Angeles.

Une seule firme est à elle seule une cité complète aves tous les corps de métiers.
Aussi, quand on pense après cela à nos studios français, on se rend compte que nous avons fort à faire pour rattraper le temps perdu, au point de vue technique s’entend.

La France, berceau du cinématographe, s’y est bel endormie et les quelques “princes charmants” qui sont en train de la réveiller doivent être encouragés et aidés: leurs efforts son suivis, en Amérique, avec la plus grande attention. Je n’ai pas dit la plus bienveillante…

Dès mon arrivée à Los Angeles, j’ai reçu la visite de Charlie Chaplin dont j’avais fait la connaissance à mon premier voyage aux Etats-Unis et avec qui je n’avais cessé d’avoir de très cordiales et affectueuses relations.

J’ai été lui rendre visite dans son studio qui est une merveille de confort et d’organisation pratique: il a voulu reconstituer à son usage personnel, dans Los Angeles, un coin de son pays natal, et les différents services de son exploitation cinématographique sont autant de cottages, très particuliers d’aspect, et qui rappellent exactement la disposition d’une petite cité anglaise. Les reporters et photographes des principaux journaux cinématographiques nous ont accompagné dans ce “voyage autour de la chambre” de Charlot et ont pris quelques photos amusantes: les lecteurs du Film pourront en juger par le cliché ci-joint qui est naturellement, inédit.

Douglas Fairbanks, chez qui j’ai été diner il y a quelques jours est un parfait gentlemen et un fort aimable compagnon; avec Mary Pickford et Charlie Chaplin nous nous sommes rendu à son aimable invitation et il nous a fait les honneurs de son installation qui est somptueuse: il a acheté aux environs de Los Angeles, derrière Beverly Hills, toute une montagne qu’il a aménagée en vaste propriété d’agrément, avec un jardin zoologique, un torrent où il fait l’élevage des truites, etc. Ce sont là, direz-vous, des fantaisies assez dispendieuses mais, comme son dernier film lui a rapporté la bagatelle de 900.000 dollars, soit au change 10 millions de francs, il peut se payer quelques fantaisies… Il doit d’ailleurs venir en France dans quelques mois, mais j’ai cru comprendre que ce n’était pas pour y signer un engagement: simple voyage d’agrément.

Max Linder
(Le Film, Paris Février 1920)