Jean Toulout

Jean Toulout
Jean Toulout 1919 c.

Un hasard charitable me fit rencontrer Jean Toulout au moment même où je désirais le voir. Il put donc m’accorder un rendez-vous, non sans difficulté d’ailleurs, car Jean Toulout est un homme occupé, étant à la fois acteur de théâtre et de cinéma. De plus, il est un membre actif des sociétés organisées pour la défend du film et des artistes français.

— Tournez-vous actuellement?

— Non, mais j’ai achevé il y a trois mois environ La Conquête des Gaules, un grand film humoristique et dramatique, d’un genre tout à fait nouveau et qui vous charmera autant qu’il vous surprendra. C’est un film français que produira une nouvelle société formée des trois associés qui veulent donner une forme originale au cinéma: Marcel Yonnet, J. B. Del et Burel.

— Et ensuite?

— Ensuite, je tournerai un film de Robert Péguy pour une autre nouvelle société cinématographique: les Films Barbazza. J’aurais comme protagoniste Yvette Andreyor.

— Quel fut votre film de début?

L’Homme qui assassina. J’avais créé le rôle au théâtre et l’on vint me demander de l’interpréter au cinéma. Mais ceci se passait avant la guerre et c’est de la version française que je vous parle, et non du film présenté dernièrement par la Société Paramount.

— Maintenant, dites-moi… aimez-vous mieux le théâtre ou le cinéma?

— Le cinéma… tel qu’il devrait exister.

— Ne vous est-il pas désagréable d’interpréter toujours des rôles de personnages malfaisants, comme dans Mathias Sandorf, la Nuit du 13, la Vivante Épingle?

— A vous parler franchement, je préfère être à écran un méchant homme et dans la vie un bon bougre, que l’inverse.

— Quel est au cinéma votre rôle favori?

— Celui que j’espère créer un jour.

— Voici de louables ambitions. Et pouvez-vous me dire maintenant votre opinion sur le cinéma en général et le cinéma français en particulier?

— Bien entendu, je suis pour le film français. Sans doute m’accusera-t-on de partialité parce que je suis moi-même un acteur français, mais, en toute sincérité, je trouve que mes camarades ont au moins autant de qualités que les interprètes américains, suédois ou japonais que l’on nous cite sans cesse en exemple.
Les comédiens français ont en eux tout pour réaliser à l’écran les personnages dont leur confie l’interprétation. Si parfois ils paraissent inférieurs, n’en accusez le plus souvent que la mauvaise organisation des metteurs en scène, la défectuosité de l’éclairage, la rapidité avec laquelle les films sont tournés, le peu de repos accordé à des artistes surmenés.
Chez nous, le cinéma est traité uniquement comme un commerce. L’on fixe d’avance le nombre de mètres que tel film doit avoir; qu’importe qu’il soit trop long ou trop court. Il faut qu’il ait tel métrage et non un autre.
On ne pourra rien tirer de bon du cinéma français tant qu’il sera dirigé par des financiers et non par des artistes. Ses ressources artistiques sont cependant illimitées; mais on se refuse à le comprendre.
D’ailleurs, n’est-il pas honteux de voir dans le pays où l’on inventa le cinéma plus de 90 pour 100 de films étrangers? Le cinéma français est en train de mourir si l’on ne vient pas à son secours. Et quelques-uns, que dis-je? la plupart d’entre nous sont bien résolus à mener une campagne, à manifester même s’il le faut, pour assurer au film français la victoire qu’il mérite.

Après cette tirade véhémente, Jean Toulout s’arrête devant moi.

— Quei voulez-vous de plus?

— Parlez-moi de vous. Vous ne m’en avez presque rien dit.

— Que puis-je vous dire que vous ne sachiez déjà, qui n’ait dit et redit? J’aime mon métier, je me désespère de le voir exploité par des individus dénués de scrupules qui ne voient dans le cinéma qu’un moyen de s’enrichir de n’importe quelle façon. Je m’efforce de rendre à l’écran mon personnage tel que je le conçois… Et puis, voilà… c’est tout.

— Vous êtes trop modeste et vous ne réussirez pas à désarmer ma curiosité. Vous ne m’avez même pas dit où vous étiez né?

— Ne trouvez vous pas un peu ridicule qu’on raconte sa vie intime au public?

— Nullement. Les lettres que nous recevons de nos lecteurs nous incitent au contraire à réclamer beaucoup de détails aux artistes sur leur vie privée et nous sommes volontiers indiscrets, dans le limite des bien-séances. D’ailleurs voyez ce que font les artistes étrangers. Ils prennent la peine de rédiger aux-mêmes les communiqués de publicité. Ils mettent à la disposition des journaux des paquets entiers de photos. Comment voulez-vous lutter avec eux, si vous d’adoptez pas un peu leurs façons d’être… en les francisant?

— J’ai horreur du bluff et je me rends compte cependant de la justesse de votre raisonnement. Alors, soyez satisfait. Je suis né à Paris, le 28 septembre 1887. Je ne vous dirai pas, comme tant d’autres, qu’au sein de la nourrice j’ai montré d’étonnantes dispositions pour le métier d’artiste dramatique; toutefois, j’ai songé de bonne heure à monter sur les planches.
J’ai joué successivement au théâtre Antoine, au Gymnase, au théâtre de Paris (ex-Théâtre Réjane), aux Nouveautés et enfin dans la Flamme, la belle pièce de Charles Méré, à l’Ambigu. Je reprenais un rôle crée par Alcover.

— Et au cinéma?

— Je n’ai pas fait tout ce que j’aurais voulu, mais je pense que l’avenir m’apportera de grandes compensations. Je vous ai déjà dit tout à l’heure que j’avais créé l’Homme qui assassina (version française), ensuite vint l’Arriviste, d’après Champsaur, puis la Dixième Symphonie, mis en scène par Abel Gance. J’avais pour partenaires Emmy Lynn et le regretté compagnon Séverin-Mars, dont la mort a été une perte pour la cinématographie française. Je me suis pas arrêté là; j’ai interprété encore la Faute d’Odette Maréchal, la Fête espagnole, de Louis Delluc; la Belle Dame sans merci, de Germaine Dulac; la Nuit du Treize, d’Henri Fescourt (une de mes créations préférées); Mathias Sandorf, toujours de Fescourt, enfin la Vivante Épingle, où je faisais le journaliste-maître chanteur; et le Roi de Camargue.

— Vous oubliez de dire que votre partenaire habituelle, la sympathique et charmante Yvette Andreyor, est votre femme.

— Le fait est qu’Yvette et moi, nous sommes si unis, toujours rarement autrement qu’ensemble. Puis-que vous voulez des détails intimes, sachez que nous avons une mignonne petite fille, qui ne pense pas encore au cinéma, du moins je veux ben le croire.

— Vous n’êtes pas simplement un artiste, mais aussi un « protecteur » d’artistes et dans votre genre un grand « animateur ». Vous faites partie des principaux  syndicats et associations professionnels susceptibles d’aider vos camarades…

— Ne parlez pas de cela.

— Si, j’en parlerai, car je sais que vous ne ménagez ni votre temps ni votre peine pour améliorer le sort de tous ceux que l’art muet fait vivre. Cela est très beau. Trop peu de gens sont au courant des bonnes actions que vous accomplissez dans l’ombre, pour le plus grand bien du cinéma français.

Mais Jean Toulout haussa ses larges épaules d’homme courageux et taillé pou la lutte. Doucement, il me demanda de ne pas insister et devant une telle modestie, je dus m’incliner.

Glym
(Mon Ciné, 21 Septembre 1922)

Il canto del cigno – Milano Film 1914

Il canto del cigno Milano Films
Locandina del Teatro Iris di Pesaro Lunedì 14 Settembre 1914

Episodi della vita del celebre musicista Richard Hoffmann.

Fu in casa della Duchessa Oreziakosky che Riccardo Hoffmann incontrò la bella Elvira Vassili e la tutrice di lei Chiara Pobiensky. Quell’incontro segnò il triste destino del grande musicista polacco. Mentre egli s’innamorava di Elvira, Chiara s’invaghiva perdutamente di lui e il Principe Dimitri, fratello di Chiara e ufficiale dell’esercito, vedeva mal volentieri l’assiduità di Hoffmann in casa sua, temendo che in Elvira la passione per la musica potesse cangiarsi in amore per il musicista e che ne restassero così deluse le sue speranze sulla ricca dote della bella ereditiera.

Diventato Hoffmann assiduo in casa Pobiensky, la situazione non tardò a delinearsi nettamente e non tardò a manifestarsi tutto il male che doveva scaturire. Mai Hoffmann aveva palesato a Elvira il suo amore, mai Elvira aveva tradito in modo alcuno il suo profondo desiderio di essere amata da lui. Quelle due anime s’intesero senza l’aiuto della parola. Sedevano al piano eseguendo una delle mirabili composizioni del grande maestro ed erano soli nel salottino discreto. Fosse l’acre profumo dei fiori, o la suggestione delle note sublimi che dolcissime si diffondevano intorno, o il contatto casuale delle mani scorrenti agili sulla tastiera, fatto sta che alla forza arcana delle cose Elvira e Riccardo non seppero resistere. Si vedevano senza guardarsi, s’indovinavano senza palesarsi, le loro anime erano comprese dallo stesso sentimento, il loro sangue bruciava della stessa febbre e, mentre il piano taceva dopo le ultime note della divina Canzone del Cigno, le loro labbra parlavano eloquenti unendosi in un bacio che fu tutta una dolce, tutta una lieta promessa… di tremenda sciagura.

Chiara, la giovane tutrice, entrando a caso in quel momento, sorprese quel bacio e, fatta severa dalla gelosia, ebbe accenti di sdegno e parole d’ira, scacciò poco garbatamente Hoffmann e incrudelì sulle lacrime della pupilla più addolorata che vergognosa. Dimitri, edotto poi del fatto, approvò pienamente l’operato della sorella e giudicò essere ormai necessario un provvedimento radicale per liberarsi di quel pallido Hoffmann che aveva già ottenuto una prima vittoria contro le speranze di lui. Pensò… e trovò.

Nella cassaforte dell’archivio militare, della quale egli teneva la chiave, erano custoditi alcuni piani di mobilitazione contro il territorio polacco. Ed egli corse nel suo ufficio, allontanò con un pretesto due subalterni intenti al loro lavoro, sottrasse uno dei documenti e poi, di notte, s’introdusse furtivo in casa di Hoffmann e nascose quel foglio nell’interno del pianoforte. Occorreva una denuncia ed egli non poteva scriverla di suo pugno né poteva affidare a chiunque il suo triste segreto. Ricorse alla sorella e non gli fu difficile sottometterla al suo volere essendo ancora vibrante di malintesa gelosia e di sdegno eccessivo l’anima delusa di lei. Accusato Hoffmann di segrete intese con la nazione nemica, una perquisizione fu operata in casa sua in presenza di Elvira, ch’erasi recata a visitarlo. Il documento accusatore fu rinvenuto e l’innocente calunniato venne tratto in arresto senza nemmeno il conforto di una parola buona da parte di Elvira, la quale anzi, lo respinse con acerbe parole. Il piano delittuoso è così riuscito felicemente e lo sdegno di Elvira serve mirabilmente a secondare lo scopo di Dimitri il quale riesce a ottenere da lei la promessa di matrimonio, e le nozze si compiono nel giorno stesso in cui il povero Hoffmann veniva dal tribunale di guerra condannato a morte, dopo lunghi giorni di tristissima prigionia da nessun altri confortata che dalla piccola Marta, la figlioletta del Comandante della fortezza dov’era stato rinchiuso. Ma Dio vegliava!

Tornava appena dall’aver celebrato le nozze Dimitri, quando un ordine del Comandante di guerra gl’impone di partire immediatamente pel campo.

Dimitri, obbedisce, parte, e giunge al suo posto alla vigilia della battaglia. Solo, nella sua tenda, il rimorso l’assale: Se una pallottola nemica mi uccidesse domani — pensava — il mio delitto diventerebbe inutile, quell’innocente morrebbe disonorato senza che alcun beneficio me ne derivasse. Scrisse allora la sua confessione e la nascose nella giberna dicendosi: Se vivo, nessuno saprà nulla, se muoio troveranno questo scritto ed Hoffmann sarà liberato.

L’indomani il Comandante gli ordina una ricognizione e Dimitri parte a cavallo seguito da alcuni soldati. Una pattuglia nemica se ne accorge, un attacco s’impegna, e durante la mischia, Dimitri perde la giberna, che poi vien trovata da un soldato e da questi consegnata al Comandante di guerra. Apertala, il Comandante vi rinviene il foglio ed apprende la grave colpa della quale si è macchiato il giovane ufficiale, e, quand’egli gli si presenta per rendere conto della ricognizione eseguita e dell’importante attacco che ne è seguito, con acerbe parole lo rimprovera e gli dice che soltanto una morte onorata sul campo di battaglia potrà redimerlo dalla disonorante azione compiuta. E Dimitri giura solennemente che saprà redimersi nel fuoco nemico. Era forse sincero nel momento in cui giurava, ma poi… rimesso dall’emozione, decide di disertare il campo, correre a casa sua e fuggire con la moglie, avvertendo con una lettera la sorella della sua fuga e della scoperta dell’infamia commessa.

Mentre Dimitri fugge con Elvira, Hoffmann viene condotto nel cortile della fortezza per essere fucilato, ma un espresso del Comandante di guerra giunge al Comandante della fortezza, ordinando di liberare immediatamente Hoffmann e di procedere subito all’arresto di Dimitri e Chiara Pobiensky.

La piccola Marta corre, seguita a stento dal vecchio padre, e giunge miracolosamente in tempo. Un attimo ancora e il picchetto avrebbe eseguito la scarica. Hoffmann è salvo e libero! Appena fuori dalla sua prigione, egli si reca alla casa di Chiara in cerca di Elvira. Ma Elvira non c’è e Chiara che, elusa la sorveglianza dei soldati che erano andati per arrestarla, aveva ingoiato un veleno, gli muore tra le braccia invocando il suo perdono.

Cinque anni dopo, a Parigi, in una riunione della Società fra gli esuli polacchi, mentre Hoffmann, cedendo alle insistenze degli invitati e soprattutto a quelle di Marta, diventata sua allieva prediletta, esegue al piano una nuova composizione, un proclama patriottico viene comunicato egli astanti. Si fa in esso appello al loro patriottismo occorrendo uomini pronti a sacrificarsi per la patria comune. Uno dei primi ad offrirsi è Dimitri che , sotto falso nome, è entrato a far parte di quella Società. Hoffmann lo riconosce e lo apostrofa acerbamente dicendogli: « Non potete voi, traditore e disertore, offrire il vostro sangue alla Patria! » Poi si accascia non resistendo la sua fibra indebolita alla violenza dell’emozione. Fra Elvira e Dimitri avviene poi una spiegazione. Dimitri, costretto a confessare, tenta di commuovere la moglie dicendole che fu  soltanto per amore di lei che calunniò Hoffmann Ma Elvira non perdona e Dimitri, schiacciato dal peso della sua onta, fugge con evidente intenzione di sopprimersi.

Le condizioni di salute di Hoffmann si aggravano. Il pensiero del grande infermo ricorre a Elvira, è Marta, che sola lo assiste amorosamente, aderendo al desiderio di lui va a chiamarla. Elvira accorre sperando che il suo amore possa salvarlo. Ma è tardi! E il grande artefice di melodie sublimi che corsero e corrono il mondo si spegne serenamente, confortato dallo sguardo dolce di Elvira e dalle note dolcissime del suo Canto del Cigno che Marta esegue al piano non sapendo che fu appunto al suono di quelle note stesse che Hoffmann ed Elvira si diedero l’unico loro bacio d’amore, quell’innocente bacio che fu poi causa di tante e così gravi sciagure.

Produzione Milano Films – 3 atti – 1500 metri.

Marcel Lévesque

Marcel Lévesque

Par où faut-il commencer? Je suis né à Paris le 6 décembre 1877.  Montmartre était une colline où il y avait des champs et des chèvres. J’habitais là, au haut d’une haute bâtisse et j’y rapportais les pensées champêtres de la journée. A trois ans, les gros chiens étaient pour moi des veaux, les serins en cage des rossignols et les arbustes rabougris, des forêts.

Une vielle cousine, veuve d’un officier, voulait faire de moi un général. Je lui assurais que je voulais être “naturaliste”.

Le mot, pour moi, avait un sens.

Quand j’eus huit ans, j’entrepris de fonder un théâtre. Avec l’aide de mon grand frère, je peignais des décors sur les vieilles caisses. Je jouais les rôles d’ingénues, ce que mon jeune âge me permettait, et je volais pour cela les perruques de ma tante.

Notre théâtre eut son succès. Nous avions recruté quelques gosses comme spectateurs et, quatre ans après, nous entreprenions de monter Ruy Blas, dans des décors de ma composition.

Enfin mes études terminées, je me mis à travailler sérieusement avec Delaunay.

Pour la première fois, je parus sur les planches du casino du Raincy dans une pièce de Lebiche: Par Amour de l’Art.

Ce fut du joli! Les rampes, les éclats de rire de la salle et l’émotion me coupèrent mes moyens au point que j’oubliai mon texte. Je me mis alors à improviser un jeu de scène avec des bûches que je laissai tomber et repassai d’un bras dans l’autre.

Dans la salle, ce fut du délire. Je crus bien qu’on m’emboîtait et je courus me cacher dans la loge. On vint m’y féliciter… à mon grand étonnement. C’est bien ça la vie!

Du Raincy, l’arrivai à Paris. De Paris, je fus à Amsterdam et de là en Egypte.

Dès mon retour, je jouai tour à tour aux Capucines, à l’Athénée, au Vaudeville, à l’Odéon, au Théâtre Michel. J’ai crée quatre-vingts pièces: l’Enfant du Miracle, les Tribunaux Comiques, Triplepatte, Faisons un Rêve

Je avais toujours refusé de faire du cinéma, je l’avoue à ma honte. Un jour, Gavault, qui présidait à cette époque aux destinées du Film d’Art, me demanda de jouer Deutz dans l’Arrestation de la Duchesse de Berry.

Ce dut être bien mauvais. J’ajoute — toujours à ma honte — que je ne me suis même pas dérangé pou aller me voir l’écran… J’aurais été, j’en suis sûr, honteux de moi-même.

J’étais ancore dans cet état de civilisation pue avancée quand Léonce Perret vint me voir au Palais-Royal. Je lui dis en passant que j’avais une idée de scénario. Il me la demanda. Je la lui apportai et nous tournâmes un petit film: Léonce et Poupette.

Cette fois, je ne manquai pas d’aller me voir. J’eus là la plus grande désillusion de ma vie.

Car, vous savez, c’est bien curieux , mais pas drôle du tout de se voir sur toutes les coutures projeté sur un écran. Tout de même, on se croyait mieux que ça!

Moi, j’étais désemparé. Mais Léonce Perret était content. C’était tout ce qu’il fallait.

Oh! comme j’étais désillusionné! Comme je m’attendais à autre chose que l’expression muette de quelques situations risibles l’aide de quelques tics que la photographie reproduisait fidèlement.

Car c’était là, alors, tout le cinéma.

Et pourtant, j’étais attiré par l’inconnu. Je portai à Léonce Perret un second scénario que nous tournâmes encore. J’avais plus d’indulgence pour le cinéma et pour moi-même.

Pourtant, j’hésitais à sacrifier près de vingt ans de travail et ma situation de comique de théâtre. J’ai donc essayé les deux de front, faisant à chacun des deux arts des infidélités momentanées, pendant les heures où l’un d’eux m’appelait exclusivement.

Je tournai avec Feuillade la série des joyeux vaudevilles de chez Gaumont et, après cela, ce furent les grandes aventures: les Vampires, où j’ai tourné le rôle de Mazamette, l’ancien vampire repenti et devenue croque-mort… puis millionnaire, et se déguisant en chiffonnier pou retrouver des obus dans des cartons à chapeaux oubliés au pied du Sacré-Cœur; Judex, où je fus Cocantin, un nom qui m’est resté, comme tant d’autres, d’ailleurs.

Quels bons ciné-romans! On n’en fait guère plus comme ceux-là…

Depuis deux ans, j’ai entrepris avec Louis Nalpas une nouvelle série de Serpentin.

Les meilleurs furent, à mon avis, Serpentin Reporter et Serpentin au Harem.

Mis quel genre ingrat que ces films comiques! Dieu sait pourtant quel travail et quels soins ils demandent.

J’ai donc tourné une cinquantaine de films…

Dans quelque temps, vous verrez un nouveau Serpentin: Serpentin fait de la Peinture. Et un peu plus tard, vous me verrez encore dans La Dame de Chez Maxims, que je viens de tourner à Rome, avec Pina Menichelli, Palermi comme metteur en scène, pour la Rinascimento.

Voulez-vous mes idées sur le comique?… Vous me prenez bien au dépourvu. Enfin, je vais essayer…

Mon but, vous le connaissez, il est bien simple: faire rire. Quand je dis que c’est bien simple, c’est une façon de parler. A mon humble avis, c’est très difficile.

Le comique est plus ardu que le sérieux. Molière trouvait « que c’était une étrange entreprise que de faire rire les honnêtes gens ». Or, en plus des honnêtes gens, un scénario doit faire rire les snobs de toutes les capitales du monde. Le meilleur comique, chez un artiste, est celui qui s’ignore lui-même, celui qui se dégage de sa personne. C’est ce qui rend le genre comique si difficile au cinéma. En s’étudiant trop, l’artiste finit par trop se connaître. Une science exacte de ses moyens lui retire sa spontanéité. Et pourtant, s’il ignore ses moyens, il est mauvais. Voilà un cercle vicieux dont il doit sortir.

De plus, l’artiste doit se donner au cinéma — surtout quand il fait en même temps du théâtre. Le cinéma ne dévoile qu’à ses fervents toute la subtilité de ses symboles.

Voulez-vousque je vous parle d’un maître, d’un qui a compris?… J’ai nommé Chaplin. A mon avis, sans parler de son talent, même, c’est un grand homme. Son importance sociale est énorme. J’entends dire: « Un Charlot gagner cinq millions par an!… C’est une honte! ». Eh bien, c’est peu, si l’on songe aux autres millions: les êtres humains qu’il fait rire. Pendant une heure, il leur a fait oublier leurs soucis, leurs chagrins.

(au téléphone avec Marcel Lévesque, Mon-Ciné, 7 Septembre 1922)